Par bonheur, le groupe tourne dans l’est des
États-Unis et du Canada en juillet 2009. J’assiste au concert de Montréal du 9
juillet et à celui du 10 juillet se tenant au Festival d’été de Québec. Bien
que le site à Québec ne soit pas le meilleur choix et que la bière (Molson Dry)
qui coulait transformait certains spectateurs en de bavards personnages, la
Place des Arts de Montréal se comparait à un temple dont le silence laissait
l’impression d’un sermon religieux. Les ovations des fidèles se manifestant uniquement
à la dernière note, telle une communion soulignant le respect mutuel de
l’artiste et du spectateur.
Ce
texte de Sylvain Cormier paru à la page B2 du Devoir du 10 juillet 2009
exprime un sentiment similaire pour le spectacle mémorable de la Place des Arts
donné dans le cadre du Festival de jazz de Montréal.
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Van Der Graaf Generator à la PdA Leur Graal,
c’est Graaf! Sylvain Cormier
Enterré, le présentateur. Oblitéré. Un théâtre Maisonneuve rempli à
ras bord d’absolus fadas de prog hurlait sa joie. Des irréductibles, de vrais
de vrais qui se pinçaient au sang tellement ce qui se passait était
impensable: là, s’amenant sur scène, c’était Van Der Graaf Generator. Trois
des quatre gars de la grande époque. Le Graal du Graaf. Guy Evans, l’immense
batteur chauve. Hugh Banton, le discret, mais tentaculaire claviériste. Et
puis un grand maigre flottant dans son linge tout blanc: Peter Hammill.
Lui-même. Le grand prêtre du rock progressif britannique. Le
pianiste-guitariste-compositeur-poète, le roi philosophe du prog, sorte de
Roger Waters, David Byrne et Peter Gabriel en un seul furieux doux homme. «Voir Van Der
Graaf avec Peter Hammill, c’est comme si Gabriel était revenu avec Genesis», s’est exclamé Yvon Trottier à la sortie. Je me disais bien qu’il serait
là Yvon, avec ou sans son frère Daniel. Amis d’enfance de la rue Olier à
Montréal-Nord, ce sont eux qui avaient tous les albums de prog. Pas moi. Yvon
a encore ses Van Der Graaf. Et il a reconnu toutes les chansons, comme tout
le monde au Maisonneuve, sauf moi: The Sleepwalkers, ben sûr, et Man-Erg, l’une des trois
épopées de l’album Pawn Hearts, paru en 1971. «Ça, c’était
avant les gros albums de Genesis! Le début!» Exigeants, Hammill et ses
comparses l’étaient hier autant qu’à l’époque, testant leur auditoire avec
plusieurs récentes pièces de l’album Trisector: Interference Patternes, All That Before, Over the Hill. Pas de problème. Puissantes et complexes, les nouveautés étaient
reçues comme les chapitres d’un Nouveau Testament néo-prog. «We are a modern
band» affirmait Hammill, tel Charlton Heston en Moîse
soulevant à bout de bras les Tables de la Loi: oui, le prog vaincra! Victoire facile vous me direz,
avec tous ces gagnés d’avance. Encore, fallait-il assurer: ils assuraient,
champions de la modulation, alternant orages et accalmies, ordre et chaos,
ambiances planantes et violences terrestres. Foi de néophyte: j’ai passé une
soirée fascinante parmi des gens extrêmement heureux. Salut Yvon. Et bon
voyage à Québec. Van Der Graaf se produit ce soir au Festival d’été. |