
Ce texte fut
rédigé en août 2001 et revu en novembre 2009 pour donner de la matière à
réflexions à ceux qui questionnent le film Le Quatrième type (The Fourth
Kind) d’Olatunde Osunsanmi et certaines informations qui sortent de la
rhétorique que nous retrouvons autour de la croyance en des visiteurs de
l’espace. À l’exception de la conclusion, ce texte repose exclusivement sur des
extraits du livre Enquête sur les
enlèvements extraterrestres (1995) de la journaliste française
Marie-Thérèse de Brosses.
Sarah Smith (pseudonyme) naît dans une famille juive. Dès son
enfance, elle vit les désagréments d’une sensitivité électrique qui cause des
anomalies aux appareils électroniques qui se retrouvent près d’elle et des
douleurs à la tête lorsqu’elle passe sous des lignes à haute tension. Elle
attire aussi la foudre. Elle la frappe à l’âge de 17 ans, alors qu’elle se
repose au bord d’une plage, provoquant ainsi un état semi-comateux.
Cette petite anomalie n’empêche pas Sarah de bouillonner d’une
intelligence exceptionnelle. Première de classe, à 15 ans elle veut faire des
études supérieures. À 16 ans, elle s’intéresse à la physique quantique et à
l’atome de Bohr à la suite d’une vision qui représenterait la naissance de la
lumière. À 19 ans, elle décide cette fois d’étudier la physique à l’Université
d’Ottawa (Canada).
Nous sommes en 1979. Sarah vient de se marier avec Mark, un jeune
ontarien dont elle se dit follement amoureuse. Alors qu’il passe ses semaines à
Ottawa, Sarah prend l’habitude de se retirer dans la petite maison de campagne
du couple pour y trouver le calme propice à ses études et aux rénovations.
Lors
d’une nuit,
Sarah entend un bruit cacophonique provenant probablement
des outils de l’atelier de bricolage de Mark qui s’entrechoquent. Le vacarme
cesse. Un court silence s’impose pour aussitôt se laisser envahir par un son
ressemblant à des griffes grattant le sol. Soudainement apparaissent deux
formes noires qui semblent humaines, alors que Sarah se retrouve paralysée sur
son lit, incapable de crier. Seule cette pensée traverse son esprit avant
qu’elle perde connaissance: «c’est le Diable».
Le lendemain matin, une vilaine migraine accompagne les souvenirs
brumeux de son expérience. Malgré l’inquiétude, elle décide de ne pas en parler
à Mark lorsqu’elle le rencontrera. Deux jours plus tard, la même expérience se
reproduit. Cette fois, s’ajoutent des pressions sur son corps et la présence de
créatures ayant des yeux immenses et noirs. Encore une fois, elle souhaite
garder le silence afin de ne pas passer pour une folle. Elle a pourtant des
raisons sérieuses pour exposer ses rencontres. Sa concentration s’étiole. Son
cerveau marche au ralenti et elle a de la difficulté à étudier et à lire, au
point que son état nuit à ses études. En plus, elle est victime, à chaque début
de journée, d’incessants éternuements et des maux de tête.
Elle décide de retourner à Ottawa, auprès de Mark. Le temps passe
sans anicroche jusqu’aux vacances de Noël. Pendant que Mark est très occupé par
son travail, Sarah profite de l’occasion pour réaliser des rénovations de son
chalet. Une fois arrivée à destination, la peur de vivre de nouvelles
expériences s’empare d’elle. Pour la combattre, elle laisse les lumières
allumées avant de se coucher. Sa décision lui procure un sommeil paisible. La
nuit suivante, elle répète le rituel. Cette fois, Sarah se réveille paralysée
et constate que les lumières sont éteintes. Pendant que le bruit de grattements
sur le sol perce le silence, elle fait un effort inouï pour se rappeler si les
ampoules brillaient avant de s’endormir. Elle perd alors connaissance pour
ensuite vivre divers états partiels d’éveils, le temps de réaliser qu’une
pression s’exerce sur son corps, comme si quelqu’un était couché sur elle.
Cette
expérience précède une valse insoutenable de rencontres. Réveil… Paralysie…
Lumières éteintes. Nuit après nuit, elle lutte contre le sommeil afin d’éviter
de nouvelles visites. Rien ne va. Une
voix intérieure s’adresse à elle pour lui suggérer qu’elle rêve. L’obscurité
envahit sa demeure. Elle tombe inconsciente et revit son cauchemar.
Elle
décide de briser ces rencontres infernales en se baladant en voiture et en se
fondant dans la foule de bars. Cette solution n’est que temporaire. À 10 heures
le matin, alors qu’elle lave la vaisselle, un engourdissement annonce une
nouvelle expérience. Elle veut téléphoner, mais elle se sent tomber au ralenti
et ne peut plus penser. Un vacarme commence. Seuls ses yeux bougent afin de
constater qu’à côté d’elle se retrouve une créature aux grands yeux noirs
allongés reflétant un regard insoutenable sans aucune humanité et émotion.
L’évanouissement l’envahit.
À
12 h 15 elle se réveille. Épuisée, elle se lève avec difficulté pour téléphoner
à sa mère. Elle ne réussit pas à se souvenir de son numéro et de son nom. Son
cerveau semble «liquéfié». À cette époque, Sarah manque de sommeil et s’endort
partout où elle va. Mark, témoin de son problème, lui demande de consulter un
médecin. C’est alors qu’elle lui avoue ne plus pouvoir vivre dans la maison,
lieu où elle a l’impression d’être sous constante surveillance. Malgré le
dévoilement de sa crainte, elle refuse de quitter l’endroit maudit, tant
qu’elle ne sera pas en mesure de retourner à l’université. Est-ce une marque de
courage de sa part ou de la folie? Cette fois, elle décide d’emprunter le chien
d’un ami afin de régler son problème. C’est l’échec. Soit que la bête hurle ou
qu’elle est absente lors de ses rencontres.
À
cette époque, elle constate que sa mémoire ne cesse de s’étioler et qu’elle
devient dépressive. De surcroît, elle accepte de plus en plus les deux
visiteurs, la seule présence qui se retrouve autour d’elle. Elle note aussi que
ces deux petits êtres peuvent lire dans sa pensée et lui parler
télépathiquement. Le contact se fait. Les créatures lui apprennent qu’elle a
des facultés psychiques et qu’ils doivent effectuer des expériences sur elle.
Sarah refuse de servir de cobaye et lutte selon ses moyens. Et malgré qu’elle
n’ait jamais prié et ne possède aucun objet religieux, elle décide de réciter
le Notre Père. Surprise, la prière sort à toute vitesse à l’envers. Elle
recommence. Toujours à l’envers! La torture débute. Les deux créatures utilisent des instruments
de prélèvements et d’étranges appareils lumineux qui lui causent des brûlures.
Alors
que se multiplient les rencontres, Sarah constate des améliorations de sa
situation. Bien qu’elle soit toujours paralysée, elle reste consciente plus
longtemps. Pour ce qui est des visites de 10 heures et 2 heures, elles sont
plus brèves. Elle sent la victoire, même si elle maigrit et a de la difficulté
à se laver, se nourrir et se vêtir. Elle récite des prières comme seul et
dernier espoir, malgré sa culture scientifique exempte de croyances
religieuses. Petit à petit, un profond changement se produit en elle; une
conscience plus aiguisée de l’existence de forces dualistes.
Deux
mois passent. Elle tente de retourner à l’université. Elle ne peut plus lire
sans pleurer. Pour ce qui est de son mari, il réagit négativement et note
qu’elle n’est plus la femme qu’il a mariée. Elle décide alors de repartir à la
campagne et faire face à de nouvelles expériences, accompagnée d’amis. Malheureusement,
ces derniers s’endorment pendant qu’elle vit ses cauchemars.
Nous
sommes en 1980. Sarah, seule depuis 6 mois, se bagarre avec les visiteurs,
autant qu’elle le puisse. Et malgré une absence prolongée de contacts humains,
dont son mari Mark, elle est enceinte. Elle croit alors que le géniteur est une
des créatures qui la visite, pour enfin se dire que c’est une grossesse
nerveuse. Sa croyance s’estompe lorsqu’elle entend son foetus lui parler
télépathiquement. Sympathique, poli et bavard, il l’injure et lui dit: Tu vas
vomir grosse vache. Sarah se croit folle et nous en ferions autant à sa place,
si nous avions à vivre ce genre de situation invraisemblable. Bref, pour voir
plus clair, elle consulte un gynécologue. Il confirme la présence du foetus.
Elle décide alors de partager son secret avec son mari. Sachant qu’il n’est pas
le père, il refuse de l’aider.
Prise
entre la maternité et un cauchemar digne du film Un bébé pour Rosemary, Sarah
développe une haine de l’enfant qu’elle porte et qui, jour et nuit, lui parle
télépathiquement, lui dit ce qu’elle doit manger, dont du «steak haché
cru». Acharnée, Sarah continue ses
prières devenues inaudibles et y ajoute des chants à Dieu, composés de sons
débiles et discordants, tout en laissant des évangiles un peu partout dans la
maison, dont un sous son oreiller. Les visites continuent, avec cette fois la
présence de concrétions gluantes qui lui donnent une envie de vomir. Une
nouvelle personne se permet même de la visiter durant la nuit. Il s’agit d’une
femme habillée de noir qui traverse la fenêtre de sa chambre. Elle a un enfant
dans ses mains et le place dans un tube transparent rempli de liquide. Sarah
rouspète. Le corps de l’enfant noircir et se détache en lambeau, pendant que la
femme rit et lui disant: c’est ton enfant.
Un
matin, à 10 heures, Sarah est paralysée sur son matelas et attend que se
manifestent les deux créatures. C’est plutôt Mark qui se présente à elle, après
deux mois d’absence. Il longe son lit, les deux mains dans les poches, sans la
regarder dans les yeux et se dirige vers la fenêtre en lui tournant le dos. Il
lui dit qu’elle est folle et très malade. Mentalement, Sarah lui demande de
l’aider à quitter la maison. Les visiteurs vont venir, elle ajoute. Il lui répond qu’ils ne sont pas si méchants
que ça et la quitte. Sarah constate étrangement qu’elle n’entend pas le son de
la porte de la maison qui s’ouvre et celui du démarrage de la voiture de Mark.
Elle croit que les visiteurs ont pris la forme de son mari.
Cette
supercherie l’incite à confronter les deux créatures. Elle les examine de son
mieux. Ils mesurent environ 1,20 mètre. Leurs yeux sont comme du plastique
noir. Leurs vêtements! Un déguisement… Leur visage figé par un regard trop
statique. Ils ont une tête trop raide. Elle croit alors que l’apparence des
visiteurs est un genre de déguisement. Elle passe alors aux injures et constate
qu’ils reculent et que le rituel des expériences se brise par des visites
écourtées. C’est une victoire. Il ne lui reste qu’à accepter son bébé.
Les
visiteurs répondent. À trois heures la porte d’entrée claque. L’explication de
ce retard ne tarde pas à s’imposer. C’est le garagiste. Il sent l’alcool et lui dit qu’il faut
l’exterminer, qu’elle et ses extraterrestres sont des bâtards. Ensuite, il la
projette violemment contre le mur. Sarah a peur et constate que les yeux du
garagiste sont anormaux et jaunes. Il
ajoute: tu penses qu’ils vont t’aider tes êtres de lumière. Qui a bien pu lui
parler de ses expériences, elle se questionne. Il lui inflige des coups, la
frappe en lui disant: Laisse-moi te tuer, c’est Dieu qui le demande. Tu es leur
porte-enfant, laisse-moi tuer l’enfant. Coups de pied et de poing suivent et
une tentative d’étranglement. Il la traîne ensuite par les cheveux, prend une
pelle et creuse pour l’enterrer vivante.
Pendant ce temps, le sang de Sarah qui dégouline sur le sol s’accompagne
d’une voix intérieure qui lui répète de lui toucher l’épaule. Elle le fait
après hésitation. Le garagiste est projeté par une force incroyable pendant
qu’elle se lève pour fuir rapidement
La
voix lui dit: Sarah, sauve-toi et cours. Elle se retrouve pieds nus, à
l’extérieur, à -20 degrés et se cache sous un sapin. Le garagiste la suit et la
supplie de se livrer afin qu’il puisse la tuer. Il s’assoit ensuite au volant
de sa voiture et roule en zigzaguant, pour éclairer les environs avec les
phares de son véhicule. Il découvre des traces de sang et tente de les suivre
pour trouver Sarah. Toujours cachée, elle essaie de ne pas penser à lui, par
peur qu’il sente ses pensées. Elle réussit. Le garagiste quitte l’endroit avec
sa voiture et s’arrête plus loin. Sarah profite du moment pour ramper dans la
neige afin de rejoindre un chalet abandonné. Cette nuit, il y a quatre hommes à
l’intérieur qui préparent de la cocaïne. Ils refusent de l’aider en prétextant
le danger de voir la police surgir chez eux. Ils lui demandent de quitter
l’endroit, même si elle est ensanglantée et risque de mourir. Par bonheur, le
plus corpulent s’avance vers elle et décide de lui porter secours, malgré les
objections des trois autres.
Ce qu’elle prend pour une destruction de son
cerveau, l’oblige à laisser tomber ses études et à se trouver un petit boulot
et un appartement. C’est dans sa nouvelle demeure que les visites continuent.
Cette fois, elle a l’impression d’être dans une grotte qui dégage une odeur de
moisie. Un jour, paralysée sur son lit, sa mère, qui n’a pas les clés de son
logis, entre chez elle. Comme pour Mark, c’est une projection ou une imitation
qui fuit sa vue. Sa mère lui demande de
collaborer. Elle comprend alors que les visiteurs manipulent son cerveau par
des hologrammes et que les yeux de sa mère ont un défaut qui la force à éviter
les regards. Une seule fois, elle voit les yeux de sa mère. Le blanc est noir,
un effet fut tellement effrayant qu’elle les retranche de ses souvenirs avant
de s’évanouir.
Méphistophélès s’en mêle
Ne
pouvant plus rester à son boulot, Sarah loge chez son amie Jackie, lieu où elle
découvre qu’elle ne peut plus supporter les lumières vives, la couleur
bleu-violet et la gélatine bleue qui lui sert de pâtre à dent. C’est aussi chez
Jackie qu’elle vit une expérience marquante. Les deux créatures arrivent. Sarah
exige, au nom de Dieu, qu’elles partent. Elle ajoute: Vous êtes damnés et ne
verrez jamais la lumière. Les créatures s’éloignent alors rapidement et
disparaissent de sa vue pendant que Sarah s’enfonce dans son matelas sous une
forte pression.
Apparaît une autre créature, grande et portant une cape avec
un haut col montant à l’arrière, un peu comme le conte Dracula ou l’empereur
des Martiens du film
Mars Attack. Sa
tête est allongée. Ses yeux noirs enfoncés et plus humains reflètent une
intelligence exceptionnelle. Télépatiquement, il exige qu’elle se laisse toucher. Elle refuse et lui demande de le
faire lui-même. Alors, son regard devient
haineux. Elle lui fait remarquer cette haine, pendant que son corps se
soulève (lévitation) au point que son visage rejoint le plafond. Il veut la toucher, mais elle refuse
toujours. Pendant ce temps, Jackie entre dans sa chambre, comme somnambule. La
grande créature traverse son corps en s’absorbant en elle. Alors, Jackie lève
le bras pour lui toucher la jambe alors que Sarah hurle de toutes ses forces.
Les voisins du dessous, qui ont les clés de l’appartement, arrivent et ouvrent la
lumière. Jackie se réveille. Sarah tombe du plafond vers son lit.
Nous
sommes en 1981. Suite à cette rencontre avec une troisième créature, une autre
manifestation arrive. Elle voit des petites lumières qui dansent autour d’elle,
pendant que son nom est dit à trois reprises par une voix chaleureuse. Dès cet
instant, sa vie se transforme et elle reçoit des informations sur des entrées
qui permettent de passer d’une galaxie à une autre. Elle est aussi informée
d’une hiérarchie cosmique, dont la présence d’êtres hostiles sur la Terre. Elle
tombe ensuite endormie, avec l’impression d’avoir été touchée par Dieu.
Commence
alors une rééducation de son corps et de ses muscles, par des impulsions
électriques qui se produisent la nuit. Pour ce qui est de son intellect, elle
se met à dévorer des livres et voit naître en elle un sentiment de compassion.
Se développent aussi le don de scanner des maladies et des textes, ce qui lui
permet de travailler sur des scénarios. Elle s’épuise par contre et doit être
opérée. Les médecins découvrent qu’un de ses reins a disparu.
Quelques
années plus tard, en juillet de 1993, elle a une vision pendant qu’elle
déménage. Son beau-frère risque d’être frappé par un classeur. Elle court vers
le sous-sol et reçoit le meuble en plein visage. Blessée, elle se fait faire
des radiographies. On remarque qu’elle a quelque chose dans le sinus. Trois
semaines plus tard, un corps étranger sort de son nez lors de saignement. Il
ressemble à un gros vermicelle blanc pouvant s’allonger comme un élastique. Le
Dr Bernard Grad de l’Université Mc Gill (Montréal) l’examine et brise
l’extrémité de l’implant par accident.
En
1994, en plein hiver, elle est avec son nouveau mari Steve. Elle devient
nerveuse et sent les visiteurs arriver. Malheureusement, son époux s’endort
subtilement pendant qu’une panne d’électricité débute. Un générateur vient
d’exploser. Le téléphone sonne. C’est la secrétaire de Sarah qui habite à
quelques pas. Elle s’informe si le générateur alimente sa résidence et invite
Sarah et sa famille chez elle. De retour le lendemain, une odeur pestilentielle
ressemblant à des œufs pourris, envahit la maison. C’est plus tard qu’elle
rencontre un enquêteur qui veut placer des détecteurs chez elle. Pas très
différent de Mark et sa mère, il lui dit: ce sont nos supérieurs; vous devez
collaborer.
Selon
Marie-Thérèse de Brosses, Sarah aurait vécu une sorte d’initiation après s’être
fait frapper par le foudre à l’âge de 17 ans. Cela ferait partie des rituels
chamaniques servant à initier des enfants au monde des esprits. 
Ces propos de madame de Brosses nous transportent dans l’univers des symboles.
Ces derniers sont importants
pour que le chamarré puisse recevoir des informations qui lui permettront de
comprendre le sens caché des êtres vivants et
d’apprivoiser
l’avenir. Ceux qui sont les plus accessibles s’associent généralement à la
nature qui englobe le lieu d’épanouissement du chamane. Cela nous amène à poser cette question à travers
la culture et l’environnement de Sarah (aussi le nôtre): par quoi pouvons-nous remplacer des symboles chamaniques
tels l’aigle, l’ours ou la chouette, lorsque nous habitons un milieu urbain
coupé de la nature? Pour répondre à cette question, nous devons trouver des
succédanés qui remplissent ces deux conditions:
1.
Se lier à la culture
et à l’environnement de Sarah.
2.
Pouvoir se qualifier
d’universalistes et pouvoir se retrouver dans une culture globale.
La
grande créature aux yeux méchants répond à ces critères. La cause provient de
son accoutrement. Peu importe notre appartenance culturelle, son col surmonté à
l’arrière de son cou suggère une impression de puissance mélangée à de la
cruauté, pouvant, dans certains cas, s’associer à un caractère surnaturel
(Dracula et l’empereur martien de
Mars
Attacks). Pour les deux entités, nous sommes devant un symbole plus
ambigu. Oui! Le visage aux yeux noirs et allongés s’associe à des visiteurs
extraterrestres depuis les années 80. Par contre, ce symbole n’est pas
universel. Il est étroitement lié à une influence de la culture anglo-saxonne
et à l’utilisation de l’hypnose par les spécialistes des enlèvements, souvent
des Américains. Ajoutons que la condition d’une universalisation du petit-gris,
en tant que symbole extraterrestre, repose sur une plus grande diffusion de la
culture anglo-saxonne. Cette opinion est-elle partagée par Sarah? En y mettant
des efforts, Sarah conclut que l’image deux créatures ressemble à un
«déguisement»; un «regard trop statique», des yeux «comme du plastique noir»…
En y mettant aussi des efforts, nous pouvons affirmer que cette tendance à
vouloir (absolument) associer les petits gris à des «extraterrestres» repose
sur des fadaises. Personne ne peut démontrer un lien tangible entre eux et les
ovnis et l’espace.
Revenons
à la fameuse foudre. Dans le folklore, elle se lie aussi à un véhicule du
Diable. Cette information fut même exploitée dans les Nouvelles de l’Interzone
d’octobre 2009, pour construire un pont entre La Guerre des mondes de Stephen Spielberg (les Martiens
utilisent la foudre pour gagner leurs machines de guerre) et une foudre
impressionnante tombée près de chez moi en avril 2003, alors qu’un journaliste
de la SRC annonçait que le Parti libéral du Québec de Jean Charest formera un
gouvernement majoritaire. Et qui parle du Diable traite aussi de diablerie.
Certaines odeurs, comme celles d’oeufs pourris — hydrogène sulfurique — sont
associées à des présences démoniaques. Les substances gélatineuses sont souvent
liées à des matérialisations d’esprits ou d’entités. Enfin, notons que
l’inversion involontaire du Notre Père
de Sarah s’associe à des pratiques magiques dont le plus fervent
promoteur connu à ce jour se nommait Aleister Crowley, un agent des services
secrets britannique qui fréquentait, à la
fin du XIXe siècle, la Golden Dawn, un ordre occulte qui faisait la promotion des pratiques
occultes, afin de stimuler l’inspiration et la créativité à travers la pratique
de la magie et du spiritisme. Crowley a été derrière la promotion d’une magie
basée sur l’inversion de mots et de gestes. Selon lui, il fallait apprendre à
parler à l’envers, à écouter de la musique à l’envers, à marcher à l’envers, à
écrire à l’envers, car ceci fait partie de l’apprentissage du magicien. C’est
cette même inversion, citée dans son livre Magik (pages 481 et 482) qui est
devenue le «backward masking process»
(procédé de masquage par inversion) se retrouvant dans la musique populaire, dont
le fameux Revolution 9 des
Beatles provenant de l’Album blanc (1968), source d’inspiration de Charles
Manson, chef des Esclaves de Satan qui commande l’assassinat de Sharon Tate et
de ses amis, en août 1969.
Nous
pouvons aussi parler d’une inversion des perceptions, voire d’une tentative de
modifier notre interprétation du bien et du
mal ou de l’obscurcir. Le
garagiste œuvre à la tache. Alors qu’il
semble possédé, il affirme agir sous les ordres de Dieu, afin de la tuer et
détruire son enfant qui serait démoniaque. Un possédé aux yeux jaunes, contrôlé
par Dieu, qui use de violence pour assassiner un démon porté par une femme qui
serait en accointance avec des êtres de lumière, n’est-ce pas un peu compliqué
et contradictoire? Que penser de moins, lorsqu’une dame vêtue de noir place un
enfant sans un liquide qui le désagrège, en l’associant à l’enfant de Sarah?
Nous pouvons ajouter la mère de Sarah, Mark
et l’enquêteur, dont les propos placent Sarah dans une situation inconfortable,
peu importe sa réaction. Si elle obtempère à leurs demandes, elle se met au
service de créatures qu’elle craint. Si elle refuse, elle ouvre la porte d’un
monde délirant qui nous dicte que des entités malveillantes prennent la forme
d’amis, de parents et de connaissances pour nous contrôler. Bref, ce que nous
tirons du cas Sarah Smith ressemble à une nouvelle interprétation des démons
qui serait ici pour nous piéger et attaquer notre personnalité.
Sarah connaît le dossier. Disposée à devenir une grande
physicienne, elle
abandonne ses études, comme l’aurait fait une
habituée de drogues dures. Est-ce la conséquence imprévisible de ses rencontres
ou une intelligence qui serait intervenue pour qu’elle ne puisse faire sa
marque dans cette science? Si nous croyons en une intervention, pouvons-nous
traiter d’une manipulation humaine? Nous pourrions imaginer que Sarah aurait
été victime de champs magnétiques qui ont affecté son cerveau, dont la scissure de Rolando qui a pour effet de provoquer
une paralysie. Nous pourrions
même ajouter que le plus étrange n’est pas les visites qu’elle se rappelle,
mais celle qu’elle a oubliée. Un rein manque. Et lorsque nous parlons de rein,
surtout en 2009, nous devons nous attaquer au trafic d’organes prélevé parfois
sans le consentement du donneur.
Rein
à vendre ou rein ne servant à rien? Ce qui me dérange le plus avec l’ufologie
n’est pas les Jacques Vallée, Marie-Thérèse de Brosses ou
Pierre Delval
(Ouranos) de ce
monde, mais ceux qui tente de peine et de misère, à associer les créatures
observées à des extraterrestres. Non seulement le cas Sarah Smith ne nous
permet pas de suivre cette route, mais il nous exhibe les pires maux des
hommes: intrusion, viol, tentative de meurtre, manipulations, prélèvement non
autorisé d’organe et emprunt d’une fausse identité. Cela se fait simplement à
un niveau plus subtil, une dimension cachée que nous avons tous les bonnes
raisons de craindre, tant et aussi longtemps que nous ne pouvons répondre à
cette question: nos déviances sont-elles innées à notre nature humaine ou seraient-elles
l’héritage d’une influence occulte que nous devons combattre?