
Octobre 2009 (version PDF)
Après bientôt cinq années écoulées depuis
décembre 2004, je reprends la plume. J’aimerais vous dire que j’ai profité
des biens faits du
réchauffement climatique pour remplir mes piles de ce soleil omniprésent des
derniers étés, mais je vous mentirais.
Sans raisons ni accusations, j’ai été incarcéré par de pâles personnages
dans un lieu sans fenêtres, glaces et surfaces polies. Trois fois par jour, on m’a
cloué sur un fauteuil kaki, servi à boire et à manger sur une table de chêne
pour ensuite me projeter des films. Un cahors et du fromage au lait cru pour
accompagner Crazy et La Neuvaine? Si nous parlions plutôt de
colas sur glace et de maïs soufflé au beurre pour me faire avaler des projections
de films Vampires de John Carpenter et La Guerre des mondes de
Steven Spielberg. Cruauté! Par la force des choses, j’en suis arrivé à croire
que la torture élève l’esprit. Et comme je suis un être altruiste, j’ai profité
de mon temps libre pour vous édifier par l’écriture d’un essai qui démontre que
le mondialisme nous précipite vers une théodictature mondiale. Son titre est Le Livre amer. Vous pouvez vous le
procurer chez votre libraire favori ou consultez des extraits.
Maintenant, nous pouvons nous regarder dans les yeux. S’il vous
plaît, ne me rabâchez pas que dans Vampires les buveurs de sang sont les
créatures de prêtres catholiques ayant vécu au moyen âge. N’ajoutez pas que la
réalité colle à la fiction en me montrant, de votre index, les soldats
sanguinaires de Blackwater soumis aux ordres du fondamentaliste chrétien Erik
Prince. Par pitié, ne me dites pas que dans La Guerre des mondes les
martiens utilisent la foudre pour voyager du ciel vers leurs machines de guerre
souterraines. Qu’ils tuent des humains et laissent derrière eux des ruines et
un environnement en mutation peint du liquide rouge de leurs victimes. Cessez de me dire que notre civilisation se révèle la proie d’une
bête aux dents de fer qui triture tout sur son passage, comme les envahisseurs
de Mars!
Aujourd’hui, je soigne les blessures des supplices en noyant mon
esprit de pensées positives et de réflexions humanistes. Les extraterrestres et les
vampires n’existent probablement pas.
Alors, cessons de nous inquiéter et
profitons de la vie. Tout va pour le mieux! Depuis l’automne 2008, nous
vivons des changements plus que souhaitables. Non! Je ne pense pas à l’élection
d’un «socialiste» et «musulman» à la tête des États-Unis. Celle
du gouvernement majoritaire du Parti libéral du Québec (PLQ) de Jean Charest se
révèle beaucoup plus importante. Jean le
mérite. Afin d’honorer son amitié avec les grands bâtisseurs et démocrates Paul
Desmarais et Nikolas Sarkosy, il a œuvré pour Rabaska le plus gros feu
d’artifice au monde à se donner dans une région urbaine. Le 19 août dernier,
Jean a même décidé d’autoriser, avec le soutien du ministère des Loisirs et des
Sports, la création d’un lac artificiel d’une profondeur de plus de 200 mètres,
pour accommoder les nombreux amateurs de plongée sous-marine.
Malheureusement, alors que nous avançons vers
l’avenir au nom de l’économie, des petits journalistes gangrènent le tissu
social en tentant de nous apeurer. Devons-nous savoir que pour nous offrir un
des lacs le plus profonds en Amérique, des citoyens de Malaric
(Abtibi-Témiscamingue) ont été délocalisés? Que la société minière Osisko en
profitera pour puiser un peu d’or, dans le but d’amortir les frais
d’exploitation! Enfin, que les Algonquins, une tribu angolaise arrivée à
Mirabel par vol nolisé en 1913 selon une source bien informée, veulent
bloquer le projet! Avons-nous le goût de nous faire raconter que Rabaska serait
en réalité un port méthanier
dont l’énergie équivaudrait à une petite bombe atomique? Qu’en juillet 2007, «93
personnes» ont abandonné leurs procédures contre le projet pour se
conformer à un bâillon qui leur demandait de «ne pas directement ou indirectement évoquer ou soulever publiquement,
de quelque façon ou en quelque circonstance, y compris à l’intention des
médias, la question de la conformité du projet Rabaska aux règlements
municipaux», selon Guillaume Bourgault-Côté du Devoir. Devons-nous
savoir qu’un activisme, dont nous tairons le nom, aurait été harcelé par des
appels téléphoniques anonymes et épié par des individus stationnés près de sa
résidence?
Cette volonté des journalistes de nous apeurer en
prétextant notre droit à l’information est grave, presque criminelle. Le
ministre Sam Hamad devrait-il dénoncer leurs textes, comme il l’a fait avec le Manifeste
du FLQ? Gilbert Rozon, le grand manitou de Juste pourrir, oserait-il les
associer au passé comme il l’a pratiqué avec Louise Harel? Je n’attendrais pas
une intervention de ces grands personnages pour accuser les journalistes
«d’assassinat temporaire». La raison? Je souffre d’une maladie qui jadis
inspira La Conquête de Plassans d’Émile
Zola (1840-1902). Il s’agit de troubles cataleptiques, une paralysie des
muscles et un abaissement du pouls qui me transforment en macchabée lorsque
j’ai très peur.
La dernière fois que je suis mort remonte à un lundi
d’avril 2003. Comme un vieux reptile cloué devant le soleil, je contemple
l’agitation du phosphore de ma télévision. À l’extérieur, des nuages noirs
traversent le ciel et une dame claironne ces mots insensés: le diable s’incarne sur terre en enjambant la
foudre. Je veux me précipiter vers la fenêtre pour lui demander de
baisser le ton, mais je reste écrasé sur mon fauteuil, mes yeux fixés sur le
petit écran. Elle répète la même phrase, pendant que mon corps s’enfonce
profondément dans la bergère pour me préparer à écouter le message important
provenant de la bouche de l’animateur de la Soirée des élections. «Le PLQ
formera un gouvernement majoritaire».
La bonne nouvelle me frappe le cœur au moment où la voix de
la dame s’éteint et qu’un vacarme incroyable se fait entendre sous les
tremblements du sol. La Guerre des mondes… Une foudre d’une intensité
rare tombe tout près. Peur! Alors que Jean Charest jubile entouré de son «équipe
du tonnerre», une masse pioche mon crâne et je m’affaisse dans le trou
humide et froid du sépulcre de mon cortex. Bye bye la vie. Je meurs sans voir
l’ombre de la grande faucheuse, le tunnel de lumière, sans poser ma signature
sur mon testament.
Je suis ressuscité vers minuit. Je ne sais comment vous
l’expliquer, mais pour la première fois de ma vie, la mort m’a marqué d’une
morosité cadavérique en me métamorphosant en un genre de zombie au regard
éteint par un hiver éternel; une grosse viande froide dotée d’une conscience.
Pour me sentir mieux, je devrais sortir, me payer du bon temps, mais la seule
idée de m’offrir des rencontres pour m’intégrer au monde des vivants me laisse
éternellement craintif. Il me semble aussi que la projection incessante du film
Vampires ait provoqué chez moi une crainte inexplicable de l’autre.
Leurs regards de mépris et d’arrogance me transpercent. Leurs crocs se plantent
dans mon artère carotide pour me vider de mes fluides émotionnels, de ma
langue, de ma culture, de mes rêves et de mes ambitions. Je ne veux plus
entendre ces vampires me demander d’ouvrir mon esprit. Et lorsque je lutte
contre le contrôle hypnotique de leurs yeux, cette question ne cesse de hanter
ma conscience: devrais-je consulter un psychologue?
Jean Charest: le Canadien, le prêtre et le prophète
Si je le faisais, je devrais assurément lui dire que depuis
mon dernier décès la voix de la dame hante mes rêves les plus sombres. La
dernière fois remonte à la fin de juillet 2009. J’étais figé sur le siège avant
d’une petite automobile, à côté du premier ministre Jean Charest. Je ne sais
pas si mon inconscient s’inspirait de sa demande d’une majorité parlementaire
pour tenir seul le volant du Québec, lors des élections de décembre 2008, mais
notre cher premier ministre conduisait une voiture dans un quartier résidentiel
en commettant de nombreux délits. Dans mes derniers souvenirs, pour passer
d’une rue à l’autre nous traversions une bande de gazon d’environ trois mètres
en écrasant des végétaux. Moi qui m’exprime généralement avec facilité, lorsque
vient le temps de critiquer des méfaits, cette fois ma crainte ordonnait le
silence, comme une impression que son comportement n’était pas lié à un
quelconque plaisir de désobéir à la loi, mais à une immunité inquiétante qui
lui en donnait la possibilité.
Revenons à la fameuse voix. Je ne peux affirmer avec
certitude si un lis se retrouvait parmi les plantes que Jean saccageait. Par
contre, la voix de la dame semblait le préciser. Alors que je m’apprête à me
réveiller, elle dit ces mots en parlant du premier ministre: l’initié demande à son maître les outils
pour tuer le Lys. Il obtempère à sa demande en lui donnant 13 ministres femmes,
13 ministres hommes et 13 années de pouvoir.
Je ne tenterais pas de m’inspirer de ce songe onirique pour
affirmer que de nombreux délits marquen
t la politique québécoise. Si je me
permets une petite parenthèse, je dirais que nos élus représentent des modèles
d’honnêteté, la crème de notre société et aussi des sages qui ont toujours la
bonne solution à nos anicroches. Un exemple se retrouve dans le cas d’Alan DeSousa, maire de l’arrondissement Ville St-Laurent. Il y a deux ou trois ans,
ce type maîtrisant très bien l’anglais, contrairement à Louise Harel, proposait de faire bouillir l’eau pour remédier
à un problème de contamination au plomb. Devant sa présence, j’ai plongé dans le vide de mon ignorance et vécu une
révélation digne de celle de Robert Tessier devant la photo de Micheal Sabia.
Les métaux ne se concentrent pas dans l’eau
en ébullition.
Aujourd’hui, j’espère ce miracle en m’inspirant
de la voix de la dame: Jean occupant le poste de premier ministre pour quatre
mandats. Treize ans à servir la nation entre 2003 à
2016, est-ce
possible? Nous avons voté massivement au dernier scrutin de 2008 pour l’élire à
une troisième reprise. Pouvons-nous faire un petit effort pour une quatrième
occasion afin de nous offrir quelqu’un d’intègre dont le nombre d’années
passées sur le siège du chef d’État se rapprocherait des six mandats
consécutifs de Maurice Duplessis?
Vous marmonnez que «13 ans»
sonne à l’oreille comme le mot «trahison»
lorsque nous parlons avec une banane flambée dans notre george bouche, un
désert très apprécié par Jean. Je vous réponds que vous jalousez ce «grand
bâtisseur», le seul à posséder assez de charisme pour mater les
séparatistes, les francophiles, les
Patrick
Bourgeois de ce monde, les mécréants, les intellectuels et les agitateurs
publics comme le groupe Maître chez nous au 21e siècle (MCN21) qui propose la nationalisation des
éoliennes. Regardons-le de la tête au pied. Jean symbolise notre Apollon
national. Observons son juste milieu. La feuille d’érable canadienne camoufle
sa saucisse Maple Leaf sans lys thé rose, son menhir, sa pendule de
mandibule, son engin de jouissance, son phallus, son zizi, bref, sa basse
partie, tout en servant d’objet d’excitation à la base militante de son parti.
Ne le cachons pas. Nous adorons son Canada au point que nous ne voulons
pas qu’il soit comme un père qui nous donnerait les moyens pour nous éduquer,
nous soigner, nous nourrir, nous loger et parfaire la connaissance de notre
langue et culture. Notre amour exige qu’il soit un prêtre dont les révélations
et la qualité de ses enfants de choeur ne pourraient se discuter. En cas de
crise majeure, nous aimerions réciter des prières avec lui. Pas en latin comme
dans le temps de Maurice. En anglais pour mieux sauver le marché et offrir
l’aumône aux minières, méthaniers et vendeurs d’eau. Nous serions même prêts à
augmenter le taux de notre dîme involontaire pour soustraire notre église de la
faillite au risque de laisser des ruines comme le font les envahisseurs dans La
Guerre des mondes, à honorer le prêcheur de bonnes nouvelles, comme l’ont
fait la majorité de ses fidèles, à la fête organisée par la Fondation de
l’Université Sherbrooke.
Avec un peu de bonne volonté et une grande piété, nous pourrions
coller sur le front de notre premier ministre ces propos de Steven Guilbault,
anciennement de Greenpeace, parus dans l’édition spéciale 15 ans du journal l’Itinéraire:
Je pense que les prophètes, dans l’Ancien Testament notamment, étaient de grands visionnaires. Ce sont des gens qui, il y a 2 500 ans, dénonçaient la corruption, la bureaucratie, la dégradation de l’environnement. Ils étaient de grands précurseurs au chapitre social et environnemental.
Comme Moïse, Jean pourrait-il nous
offrir la terre promise ou mieux, le paradis? Sans oser décrire son œuvre
magistrale, nous pouvons espérer de lui la création d’un gigantesque Biodôme
traversé par un grandiose mur de ciments servant à produire de
l’hydro-électricité et à séparer le Nord du Sud. Un côté qui héberge une faune
d’animaux sauvages, des végétaux, des tonnes d’insectes et quelques Algonquins.
L’autre où se retrouvent un super casino et une population émerveillée par la
promesse de faire tomber de l’argent du ciel si nous acceptons de jeter plus
d’écus dans la machine de la sainte quête.
Morosité
cadavérique
Malheureusement, lors de crises de
morosité cadavérique, il m’arrive de croire que je serais le citoyen d’un pays
infesté par des vampires. Le 2 septembre dernier, j’ai même communiqué avec
Borgias Dragone, une employée du gouvernement du Québec, pour tenter d’en savoir
plus sur ces créatures. Comme un dauphin qui sautait dans ma tête, elle m’a
affirmé qu’un régime équilibré est nécessaire au maintien d’une bonne santé.
Si je comprends bien ses mots, cela veut dire que les vampires doivent autant
consommer du sang humain que celui d’un cerf, d’un caribou, d’un ours, d’un
chat ou d’un rat, qu’ils peuvent autant envahir le Nord que le Sud.
Toujours en crise, je compare maintenant
le paradis de Jean à un gros congélateur, dont le thermostat serait dans les
mains de directeurs de banque de sang. Le bétail bouge et s’excite! Pour éviter
de courir inutilement après leur repas, ils ralentissent notre mouvement en
abaissant la température. La crise monétaire! On passe de 28 à 21 degrés. Les
pertes de 40 G$ à la Caisse de dépôt! Pour la renflouer, la température
tombe sous les 20 degrés. Pour honorer le libéralisme et le mondialisme, ils
provoquent ensuite des petits frissons de concurrence. Pour conclure le Sommet
de Davos, ils nous parlent de froidure dans le monde du travail et des services
sociaux, au nom de la productivité et du profit. Et lorsque se présente le
Sommet économique mondial de Montréal de juin 2009, on nous demande de nous
vêtir chaudement pour nous adapter au Nouvel ordre mondial…
Lorsque le thermomètre affichera un
froid hivernal, déciderons-nous de nous marginaliser en quittant «le havre de
paix et de richesse» ou devenir des morceaux de viande congelée résignés à
nourrir le capital économique de pâles personnages? Je ne peux répondre. Par
contre, je constate que notre inertie collective repose sur l’obéissance
aveugle à des dogmes s’inspirant du
néolibéralisme. Nous nous soumettons à des gens qui adaptent leurs
discours à leurs besoins. Partout, des mots se répètent pour noyer nos bruits:
«Création de richesse», «une équipe du tonnerre» ou «l’économie d’abord». Et
lorsque nous décidons que le mantra ne nous élève pas vers des cieux cléments,
la secte nous marginalise et nous refuse. Pas assez bilingue. Trop séparatiste.
Pendant ce temps, les Parfaits qui divisent les gens en clans et en degré
d’assimilation à l’evil empire, n’osent enquêter sur les
irrégularités de la Caisse et sur ses enfants de choeur. Ne débattons pas des
risques à laisser les leviers de notre société dans les mains de buveurs de
sang ayant une vision sectaire du pouvoir et de la démocratie.
Miroirs et
boutons
Un des mythes se retrouvant autour de
ces créatures affirme que les glaces ne réfléchiraient pas leur image. Plus
près de notre réalité, nous pouvons dire que le miroir reflète ce que nous
aimerions voir pour leur donner le volant du pouvoir. Pour conséquence, dans ce
monde soumis à la création d’images et à l’art de les multiplier dans les
médias écrits et au petit écran, nous sommes disposés à laisser un pâle
personnage s’élever au-dessus du peuple et de la démocratie s’il est habillé
d’une soutane, accompagné du calice d’or de la communion et de l’Autel du
sacrifice.
Pourtant, une des responsabilités
civiles du citoyen est de critiquer. Nous avons le droit de nous demander si
les saints emprunts sur les marchés étrangers servant à la construction
d’infrastructures et du barrage de la Romaine ne viseraient pas un contrôle des
ressources du Nord que les économistes de la CIA planifient pour les 20
prochaines années afin de préserver l’autonomie des États-Unis. Comment? Une
porte ouverte au pillage qui profitera, d’ici trois à quatre, à une
privatisation d’Hydro-Québec et à une exportation d’eau pour panser une reprise
économique boiteuse et un pourcentage de la dette étrangère devenue étouffant à
la suite du bâillon de septembre dernier ayant donné naissance à la loi 40
permettant des déficits jusqu’en 2012. Bref, nous sommes sur la bonne voie pour
suivre les recommandations de l’Institut économique de Montréal (IEDM) dont le micro
semble servir des buveurs de sang ayant des accointances avec l’empire
anglo-américain et les services secrets au détriment des citoyens.
Ne croyons pas qu’une «équipe du
tonnerre» puisse se révéler sans la foudre. L’invasion de notre territoire
par des gourous de la pensée magique se traduit en une pandémie de vampirisme
qui affecte notre esprit rationnel. Alors que Barrak Obama comprend que
l’économie d’un pays repose sur une croissance du pouvoir d’achat de produits
confectionnés à l’intérieur de ses frontières (buy american), notre
cher prêtre accorde du crédit au propos de l’aile jeunesse du PLQ (et
adéquiste) proposant d’augmenter les frais des services, donc le coût de la
vie, au nom de la reprise économique. Ainsi, en majorant les frais de service
et la TVQ, l’État s’en prend au pouvoir d’achat de ses citoyens, ce levier
économique qui crée de l’emploi. Et encore, il incite de ce fait la population
à se tourner vers des produits moins dispendieux souvent fabriqués à
l’extérieur du pays. Ainsi, non seulement il freine la croissance de l’économie
locale, mais il accentue la sainte fuite des capitaux vers des marchés
étrangers.
Bien sûr, au Québec nous préférons fuir
plutôt qu’affronter le reflet d’une ruine anticipée. Si nous en avions la
possibilité, nous aimerions même partir vers le passé, à une époque où la vie
était plus facile et les politiciens des pères préférablement à des prêtres.
Cela serait aussi pour nous une occasion de constater qu’un début de chaque
programme, idéologies, rêves ou projets, nous retrouvons une personne qui
enclenche le procédé en pressant sur un bouton et d’autres qui refusent de le
faire. Avec le règne du premier ministre Jean Lesage, un bouton a été pressé.
Les biens faits de la Révolution tranquille se sont étendus dans les
institutions pour donner plus de coffre au Québec. Avec l’élection de René
Lévesque en 1976, on nous offrait son aboutissant: le bouton de la
souveraineté.
Voyage vers le passé
Aujourd’hui,
le bouton de Jean ressemble à celui d’une machine à voyager dans le temps qui
nous replonge dans les années 50 pour retrouver Maurice Duplessis. À cette
époque, le gouvernement se fabriquait une image de sainteté tout en décriant
les médias qui nuisaient à ses objectifs. En 2009, cette tendance se pointe de nouveau.
En pl
us du bâillon Rabaska, nous retrouvons le cas du ministre démissionnaire
du Travail et député du PLQ
David Whissell. Il a menacé de poursuite Le
Devoir si le journal rédigeait des textes contraignants sur les liens qui
le lient à ABC Rive-Nord, exécuteur de contrats pour le gouvernement du PLQ.
C’est aussi dans les
années 50 que la physique quantique s’étend dans l’univers de la vulgarisation
scientifique. La principale théorie qui en émerge affirme que la matière aurait
plusieurs états au point de s’ajuster à l’œil de son observateur. Pour citer un
exemple, revenons au miroir. L’image s’y reflétant varie selon les témoins.
Pendant qu’un peut l’interpréter comme une copie conforme de ce qui s’y
projette, une autre pourrait accuser le reflet d’être imparfait, car le temps
que la lumière prend pour voyager vers le miroir et revenir vers lui (600
millionièmes de seconde pour une distance d’un mètre) ne nous permettre pas de
l’associer au moment présent.
Pour prolonger notre réflexion,
imaginons un rat voyageant dans le temps. Son
départ débute à midi, d’un laboratoire secret. Sa destination: 11 h 59, un mètre
plus loin. L’heure arrive. Le bouton se presse. L’animal se dématérialise de son point de départ. Pouvons-nous affirmer que
l’expérience est une réussite? Nous pouvons seulement affirmer que le bouton
fut pressé une fois. Pour comprendre, situons-nous à 11 h 58. Nous voyons le
rat à son point de départ. Dès 11 h 59, nous observons le rongeur se
contempler, à son point de départ, de l’endroit de son arrivée. À midi, nous
décidons de ne pas toucher au bouton. Pour conséquence, le laboratoire devra
soigner deux
rats presque identiques (un est plus vieux d’une minute).
Le miroir
Nous parlons ici de l’effet miroir. Pour
des personnes saines, il représente une occasion pour échanger avec soi. Pour
d’autres, plus analytiques, elle permet de sonder les différences entre le soi
et celui plus âgé d’une minute. D’autres par contre ne peuvent se confronter à
ce phénomène. Dans l’Interzone, nous les associons à des vampires pour cette
raison: ils sentent un besoin viscéral d’éviter le miroir. S’ils ne peuvent le
faire, ils passent généralement à l’adversité et parfois au meurtre. Bref, ces
gens ne peuvent non seulement tenir le volant avec des étrangers, mais aussi
avec eux-mêmes.
Le problème n’est pas de découvrir que
notre société se compose de ces gens, mais que certains occupent des postes
clés en politique en s’assurant qu’aucune surface réfléchissante ne se retrouve
dans leur espace de vie. Cette façon de diriger a aussi une conséquence
mystique, dont celle de prendre des vampires pour des prêtres. En nous
inspirant de la physique quantique, ne pas se regarder se révèle aussi
l’antithèse de ce que nous pouvons qualifier d’être supérieur ou de Dieu, celui
qui voit toujours son reflet au moment présent, malgré la distance, celui qui
est la lumière qui s’observe à l’instant.
Ne nous torturons pas pour devenir ce
que nous ne pouvons être. Nous pouvons par contre apprendre à nous contempler.
Au Québec, nous fuyons notre reflet. Nous ne devons pas nous confronter et
encore moins nous donner des occasions pour former un collectif. Et celui qui
évite le miroir se retrouve généralement dans l’abri du fédéralisme canadien,
le château de Vlad qui se découvrant beaucoup plus inquiétant pour notre avenir
que la souveraineté du Québec, car reposant sur une gouvernance qui ressemble
de plus en plus à une secte de vampires qui sélectionnent leurs victimes selon
leurs besoins: Amérindiens, Canadiens français, Québécois, syndiqués,
journalistes d’enquêtes, séparatistes, intellectuels, pauvres, chômeurs,
assistés sociaux dont le discours propagandiste les associe généralement au…
passé. Pour mettre notre main à la pâte, nous écoutons la grande messe se
réciter dans une langue étrangère au point de répudier ceux et celles qui
aimeraient y participer sans parler le latin de Jean, répéter ce mantra: «nous
ne pouvons rien faire».
Bravo! Nous acceptons de vivre dans une monarchie qui nous déresponsabilise autant que nos dirigeants. Nous payons notre assurance santé sans nous doter d’une politique de prévention, que ce soit pour éviter la prolifération d’OGM ou d’aliment douteux nuisant non seulement à la santé, mais à l’environnement. Nous offrons à la population plus de 11 millions de doses de vaccins contre la grippe A(HINI) sans avoir une seule occasion de voir Silence on vaccine. Nous gérons nos acquis sociaux, comme un vampire administre une banque de sang. Et lorsque des résistants prennent le sentier de l’originalité pour confectionner des fromages au lait cru, à la place de féliciter leurs audaces et d’encadrer leurs productions dans l’intention de protéger leurs investissements et faciliter l’exportation de leurs produits, nous les saisissons. Ensuite, nous pourrons promettre de beaux dollars pour publiciser les bons fromages québécois en oubliant le plus important: c’est un luxe menacé par la crise. Pour éviter la débâcle, il faudrait plutôt les subventionner avec autant de bonne volonté que nous le faisons avec les entreprises étrangères qui gèrent le congélateur à viande froide de Jean.
* * *

Bref,
le 25 septembre dernier s’est brisé un grand miroir dans lequel tout un
peuple s’observait. Il se nommait Pierre Falardeau. C’est fini. Le soleil se
lève. Allons nous coucher. Si nous sommes gentils, pendant notre sommeil notre
bon gouvernement canadien nous livrera des trousses mortuaires en plastique
pour remplacer notre vieux matelas de lis.