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L’Hermite du nombre neuf s’enferme
dans sa caverne pour se contempler. L’homme moderne regarde ses objets neufs en
exploitant ses neuf orifices.
Confit de canard à la truffe
Sur la Terre comme au ciel
(extrait)
Pendant que des ufologues étalent le complot d’interventions des gouvernements et des services secrets servant à cacher la présence de visiteurs du cosmos parmi nous, le spectre d’une manipulation des masses apparaît de ces mêmes machinations. Le généticien Albert Jacquard nous offre même ces propos révélateurs sur la préface du livre Incroyable mais faux (1989) d’Alain Cuniot, pour guider notre sens critique: Transformer les citoyens en moutons est le rêve de bien des pouvoirs. Pour y parvenir, les moyens sont nombreux; les intoxiquer de parasciences peut être fort efficace[1].
Cette
citation nous invite à poser cette question: qui jouit de la croyance
extraterrestre? Pour l’ufologue étasunien John A. Keel, auteur du livre The Mothman Prophecies (1975) (La Prophétie des ombres), l’inspiration
du film du même nom (2001) et de la conférence parisienne du 3 décembre 2007,
organisée par la «fondation de l’entreprise Ricard», la réponse dépend des
influences que nous subissons. Ainsi, «dès
qu’une croyance est établie, le phénomène adapte ses manifestations pour
soutenir cette croyance et la renforcer. Si vous croyez au Diable, il viendra
sûrement se manifester la nuit sur votre route. Si vous croyez que les
soucoupes volantes sont les vaisseaux des astronautes d’une autre planète, ils
viendront atterrir et même collectionner des cailloux dans votre champ ou
jardin»[2].
Quelles sont ces
influences que nous subissons en 2009? Elles se profilent de plus en plus sur
l’idée de visiteurs du cosmos possédant un savoir supérieur au nôtre au point
d’expliquer des miracles de nos religions. Mais encore, cette théorie se
fabrique par le soutien d’une culture facilement accessible, des articles, des
reportages, des films, des livres, des magazines et des documentaires faisant
l’apologie des créatures extraterrestres. Cette abondance d’information permet
à Jacques Vallée, une notoriété en
ufologie, d’affirmer que des humains
agiraient volontairement sur nos croyances religieuses.
Ces
propos nous ouvrent la porte du passé. Dès l'an 1657, Pierre Borel défend
l'idée de la «pluralité des mondes habités».
Il est suivi en 1686 par «Bernard le Bovier» et en 1758 d'«Emmannuel
Swedenborg», un membre de l'Académie royale des sciences de Stockholm. Des
spirites ajoutent ensuite leurs grains de sel. En 1857, Allan Kardek traite,
dans son «Livre des esprits», de
«mondes différents et habités où l'électricité pourrait être plus abondante». Dans Après la mort (1890), le médium «Léon
Denis» ajoute que «ces mondes possèdent»
certainement «de l'air, de l'eau, de la
chaleur, de la lumière, des saisons, des climats, des jours, des nuits». En
1875, l'idée de l'existence d'extraterrestres traverse cette fois l'esprit
d'Helena Blavatsky, lors de la fondation de la Société théosophique, ce qui
l'amène à proposer «l'avancement technologique» de ces civilisations. Elle
n’invente rien. L’origine post-Apollonius (un monde souterrain rempli de lumières et de
machines) remonte à «1698», l’année de la
parution du livre «Cosmostheoros»
publié par le «physicien et astronome néerlandais Christian Huygens»[3].
Aujourd’hui, la science et les extraterrestres inspirent
le discours des messagers, au point de suggérer des solutions planétaires à nos
problèmes. À cette fin, Paul Hellyer, un octogénaire occupant dans
les «années 60» la fonction de «ministre canadien de la Défense» lors du règne
du «gouvernement de Lester Pearson», prend la tribune. En février 2007, il
profite des perturbations climatiques, pour demander aux «gouvernements
mondiaux» de révéler ce qu’ils savent de la «technologie extraterrestre […]
obtenue selon lui lors de l’écrasement sur terre d’ovni»[4].
M. Hellyer fait référence au cas Roswell. Selon la croyance populaire, en
juillet 1947, des créatures
de l'espace auraient été trouvées dans les débris d’un vaisseau qui se serait
écrasé au Nouveau-Mexique. Edgar Mitchell, astronaute de la mission lunaire
Apollo 14, en rajoute. Le 23 juillet 2008, sur les ondes de Kerrang Radio
(Angleterre), il affirme à l’animateur Nick Margerrison que le cas Roswell est
un contact parmi d’autres mettant en scène des extraterrestres petits et
macrocéphales.
Révélation
ou promotion? Lors du prétendu accident de 1947, un emballement pour les
visiteurs de l’espace se précise depuis quelques jours par le traitement
médiatique de l’observation de Kenneth Arnold du 24 juin 1947. Ce dernier
observe de son avion neuf ovnis en forme d’ailes qui volent entre le mont Baker
et le mont Rainier, état de Washington, alors qu’il cherche un C-45 de la
Marine étasunienne. Faute d’explications, les objets qui sautillent comme une roche
sur l’eau, à près de 2 700 Km/h, sont rapidement associés à une origine
interplanétaire.
Croyons
sans pour autant refuser de voir la réalité. Depuis plus de 50 ans, l’origine
extraterrestre s’impose par l’appui de fonctionnaires de l’État. Selon l’ufologue
Donald Cyr, Gabriel Green, un fervent
promoteur des extraterrestres et l’organisateur du Spacecraft
Convention du 11 et 12 mai 1957, travaille pour l’armée américaine. George Adamski, un Étasunien
reconnu pour sa promotion des frères de
l'espace à la suite de ses rencontres du 20 novembre et du 13 décembre 1952,
avec un Vénusien, est un ancien
militaire. En 1965, un peu avant son décès, il aurait même avoué à deux
amis avoir créé des montages photographiques,
sous les ordres de deux hauts gradés de
l’armée. Dans les années 70, la formation canadienne «Affa» a pour chef des
enquêtes «M. Roussin», un agent de la GRC[5]. À la liste, nous pouvons ajouter le général Glenn Miller de la base Norton. Lors de son
entretien avec Jacques Vallée, il se présente comme un contacté des
extraterrestres. Jusqu’à son décès en 1988, il rencontre sporadiquement des
ufologues pour leur parler de secrets gouvernementaux, de visiteurs de l'espace
et de conspirations.
Que
penser de ces accointances? Pour Pierre Lagrange, sociologue des sciences et
auteur, les liens entre l’ufologie, les services secrets et les militaires ne
prouvent aucunement la présence d’une propagande dirigée en fonction des
intérêts de l’État ou de groupes paragouvernementaux. Nous pouvons très bien
accepter l’idée que des employés du gouvernement puissent s’intéresser aux
ovnis. Cela ne doit pas pour autant évacuer cette vérité: l’activité la plus
importante des agents des services de renseignements et de l’armée consiste à
créer des rumeurs et à observer leurs déploiements. Le monde de l’étrange en
regorge. Vers 1914, Timothée-Ignatz Trebitsch-Lincoln œuvre pour le
MI6. De même pour Aleister Crowley, un magicien grandement apprécié par Julien Origas de l’ORT. Ajoutons que des agents
de la CIA et du FBI auraient infiltré ces trois groupes ufologiques
étasuniens: le «MUFON», le «NICAP» et le «CUFOS»[6].
Pour le cas du général Miller, il
occupe son poste à Norton par l’influence du président républicain Ronald
Reagan, le même qui énonce le risque d’une invasion extraterrestre lors de son
mandat. Auparavant, comme pour Mme Blavatsky,
réceptrice d’un passeport diplomatique de la main de Rutherford Haynes, Adamski reçoit un «passeport international» du gouvernement
étasunien afin de faciliter ses déplacements intercontinentaux pour prêcher, à
l’étranger, l’existence des frères cosmiques[7]. Son cas n’est pas isolé. Allen Dulles utilise ses fonctions au sein de la CIA pour
allouer des visas à d'anciens nazis sans l’autorisation de la Maison-Blanche,
geste dénoncé par le président Harry Truman (1945-1953), au début des années
50.
Dans les médias, la croyance extraterrestre se porte aussi très bien.
Jean Casault, un narrateur de talent qui exprimait sans gêne ses opinions au
FM-93 (CJMf 93,3) de la ville de Québec et au CFEL de Lévis, fonde le groupe
AFFA[8].
Il occupe ensuite le poste de directeur du Centre d’Études et d’Interprétations
des Phénomènes Insolites (CEIPI) dans les années 90 et profite des occasions
qui se présentent pour promouvoir l’origine cosmique des pilotes au point de
s’acharner, en 1997, à relier un mannequin à un extraterrestre autopsié en
1947, à la suite du crash de Roswell.
À la même époque, des journalistes affirment dans Le Point diffusé en fin de soirée sur les ondes de la SRC que les
ovnis triangulaires observés par-dessus la Belgique, entre 1989 et 1991,
viennent de l’espace.
Malgré
l’absence de preuves matérielles d’une origine cosmique, tout va comme sur des
roulettes. Dans certains cas, les moyens utilisés sont imposants. Nous avons
pour exemple le cas Franck Fontaine. Le 25 novembre 1979, vers 4 heures du
matin, sa voiture s’arrête sur une route, à 35 kilomètres au nord-ouest de
Paris. Un brouillard commence à entourer son véhicule et Fontaine disparaît.
Sept jours après, il réapparaît. La nouvelle court rapidement autour du monde.
Trop expéditivement! Les mêmes médias se taisent lorsque le dossier dévoile un
point à éclaircir. En novembre 1980,
Jacques Vallée apprend de la bouche d’un fonctionnaire que le dossier Fontaine
serait un «exercice de synthèse» du ministère de la Défense élaboré par un
personnage haut placé. Pendant une
semaine, M. Fontaine aurait été drogué et placé dans un état de «haute
suggestibilité». Nous ne pouvons rien confirmer. Malgré cela, le
contrecoup a de quoi nous inquiéter. En novembre 1979, une intervention
cosmique est prédite par «Jean-Pierre Prévost», 26 ans, copain de Fontaine et
témoin de l’enlèvement. Sa révélation provient d’un contact avec «Haurrio», un
extraterrestre. Comme cela arrive fréquemment, autant pour les Maîtres de
Sagesse que pour les créatures de l’espace, l’événement ne se produit pas[9].
Malgré cela, en 1980, Prévost fonde sa propre secte. Son cas
n’est pas isolé. Depuis plus de 50 ans, de nombreux cultes et nouvelles
religions cosmiques se fondent. Certaines pourraient même jouer un rôle crucial
pour élaborer les fondements d’une théocratie. L’exemple le plus connu se
retrouve dans la Fondation Raëlienne, une secte, fondée en 1974, devenue une
religion officielle au Québec, en 1995. Claude Vorilhon (Raël), le demi-frère de Jésus et le Prophète, s’offre même une mission qui
se confond avec celle de la Société Théosophique: préparer la venue des
extraterrestres et fonder un gouvernement mondial sans argent (géniocratie).
Porté par des aspirations similaires, un dévoué personnage ayant pour prénom
Jim s’inspire des recommandations de
l’extraterrestre Enoch pour fonder, en 1976, «un groupe de matière grise» baptisé «Fils de Lumière de l’Ordre de Melchizedek» afin de «travailler en
ligne directe avec les Fraternités qui sont des champs d’intelligence intermédiaires entre les systèmes stellaires et
la Reprogrammation des systèmes d’évolution inférieurs». Il ajoute qu’il y
a «soixante-dix Fraternités de ce type» (un petit effort pour 72) qui
«constituent les Fils de Lumière ou la Fraternité Blanche»[10]. Auparavant, dans les années 50,
l’ufologue étasunien William Dudley Perley crée le groupe ésotérique Soulcraft.
Les dadas de ce dernier ne se résument pas à la contemplation du ciel étoilé,
ils comprennent aussi «l’écriture automatique», un don qui se rapproche de la
médiumnité qui inspire Star Guest, un
livre qui propose la croyance extraterrestre, à la limite du culte[11].
Adamski fréquente aussi la galère des
dévolus. En 1936, il fonde la division étasunienne de l’Ordre Royal du
Tibet, ce qui ne doit pas déplaire à Maha Chrohan.
Il s’inspire par la suite d’images de divinités de l’hindouisme, pour peindre
un Vénusien, grandeur nature, tenant un cercle solaire à 12 rayons dans sa main
gauche, la main qui symbolise la pratique de la magie noire chez les amateurs
de vaudou. Quelques années après, le retour du Christ se prépare chez les
extraterrestres. En 1961, le Yougoslave Victo Novi le fréquente au Pérou. Son
nom n'est pas Maitreya, mais Kay. Il ressemble à un humain et vient de la
planète Apu.
[1] LAGRANGE Pierre, OVNIS: ce qu’ILS ne veulent pas que vous
sachiez, Presses du Châtelet, 2007, page 172.
[2] VERMEERSCH
Joël, Le Dossier noir du mystère des UFO, Ouranos, juin 2008, page 10.
[3] DUMERCHAT F.,
«Des anges aux Extraterrestres», Les
Cahiers d'Ouranos, juin 2007, pages 9, 11 et 12.
[4] AFP, «Les
Extra-terrestres contre les changements climatiques», La Presse, le 1er mars 2007, page A24.
[5] CYR Donald,
document vidéo interne qui traite des services secrets et de l’ufologie,
janvier 1997. Lors d’une conversation
téléphonique du 8 août 2008, M. Cyr m’explique qu’un autre Donald Cyr étasunien
est apparu sur l’internet depuis
quelques années pour traiter d’ufologie, pendant qu’au même moment il perdait
le contrôle de son premier site, toujours accessible.
[6] VALLÉE Jacques, Ovni: La grande manipulation, éd. Du
Rocher, 1983, pages 235, 249 et 250.
[7] CYR
Donald, Vidéo maison, 1997. VALLÉE Jacques, OVNI:
la grande manipulation, éditions du Rocher, 1983, page 250.
[8] En septembre
2006, il fait la manchette des médias à la suite de cette citation s’inspirant
de l’orientation sexuelle de l'ex-chef du PQ, André Boisclair, prononcée à la
radio le 6 septembre: Il ne faut pas rire
des handicapés.
[9] VALLÉE Jacques, Révélation, Éditions Robert Laffont,
1992, pages 175 à 183.
[10] VALLÉE Jacques, Ovni: la grande manipulation. Éditions du Rocher, 1983, pages 175 et 176.
[11] CYR Donald, document vidéo.