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La date de la fin du monde est certainement le huit du huitième mois. Par contre, je serais étonné si elle se manifestait lors de la dégustation d’huîtres du 8 août prochain, se donnant dans le collège des Jésuites du huitième arrondissement.

 

 

Boudin aux pommes

 

VIII

Légendes et réalité

(extrait)

 

Beckett connaît-il Alef (א), Mem (ם) et Shin (ש), les trois mères de cet alphabet? Mem est la treizième lettre qui relie Alef à Shin, deux représentations du souffle de Dieu. Ce dernier prend l’allure d’une bourrasque qui se lève soudainement lorsque Beckett transmet la Force à Trebitsch. Quelques années après, un souffle similaire frappe Wayne S. Peterson, un diplomate étasunien qui représente son pays en Afrique et en Eurasie. Son expérience se prépare lorsqu’il observe, à une émission télévisée de Merv Griffin, un peintre britannique qui affirme être en contact télépathique avec le Christ. Son nom est Benjamin Creme, l’auteur du «livre La Réaparition du Christ et des Maîtres de la Sagesse». Il est ensuite «guidé par hasard vers la Société théosophique de Washington». En ce lieu, la «présidente» l’informe d’une séance de «méditation de transmission qui se donne chaque semaine»[1]. Il se présente au rendez-vous où se retrouve un genre de messie indien vénéré par plus de dix millions de disciples, connu sous le nom de Saï Baba. Benjamin Creme commence les présentations. En se fiant à sa communication intérieure, il place ses paumes de mains à la verticale et se déplace vers Peterson. Il le présente comme un individu sceptique. Ça ne dure pas. Le diplomate est aussitôt frappé par «quelque chose de solide et de très réel» qui déplace sa chaise et le pousse «contre le mur», accompagné d’une «sensation de vent violent»[2]. Le vent saisit aussi les disciples de Shri Mataji Nirmada Devi, la déesse mère d’une secte baptisée Sahaja yoga. Lors de rencontres, les adeptes méditent, tournent leurs bras devant leur thorax et sentent parfois un vent froid souffler sur eux, lorsque la puissance transmise par la déesse-mère traverse leurs corps.

Jusqu’à preuve du contraire, nous pouvons lier ce vent à des phénomènes surnaturels. À la suite de son expérience, Trebitsch vit une profonde transformation qui s’accompagne de contacts télépathiques. Pour Perterson, ce type profondément croyant à qui la Vierge Marie se révèle à lui à l’âge de 4 ans, pour l’informer que le Christ lui apparaîtra de son vivant, rencontre les Maîtres de Sagesse lors d’expériences fantastiques afin de recevoir un enseignement spirituel que nous pouvons qualifier d’initiatique. Il a même l’honneur de croiser le Christ, dont l'apparence est celle d'un jeune homme au visage basané, portant des pantalons courts. Son nom est Maitreya. Il serait l’être humain polymorphe responsable de la présence de cercles et de croix lumineuses sur des édifices, de l’évaporation soudaine de lait dans des temples indiens, de nombreuses apparitions de divinités, dont la Vierge Marie, et de la transformation en or d’une statue en argent de Bouddha (alchimie). Il aurait aussi créé une étrange papaye. Coupée en deux, elle écrirait le mot Allah par la disposition de ses semences.

Revenons à la politique. Les expériences du diplomate Peterson et la présence d’un colonel et homme d’affaires (Henry Steel Olcott), en tant que cofondateur d’un groupe mystique aidé par le président des États-Unis, soulignent des liens entre l’État et des missions spirituelles dès 1875. Cela ne surprend pas. Les informations recueillies lors de nos lectures démontrent des affinités entre la religion et la politique par l’entremise de coteries initiatiques. Ce qui change est la présence d’une philosophie humaniste provenant de mouvements spirituels qui s’adaptent aux transformations. Ainsi, pendant que la mondialisation s’impose en tant que philosophie du libre marché mondial, ces mouvements appliquent leurs croyances et expériences à un universalisme planétaire. Nous avons en exemple le Conseil Spirituel Mondial du Maha Chrohan et le retour du Christ comme instructeur mondial d’une autorité planétaire. Devant ces ambitions, nous devons nous poser cette question: est-ce le mouvement mystique qui entraîne la politique sur cette voie ou le contraire?

Les deux semblent de connivence depuis longtemps. Précisons à cette fin qu’en 1985, Shri Mataji Nirmada Devi oeuvre pour l’ONU. Solidarité oblige, elle reçoit même un coup de main d’un Suisse qui travaille pour le siège de l'ONU de New York, venu à Montréal par avion pour promouvoir le mouvement. Cette présence au sein de l’organisme international n’est pas exceptionnelle. Dès sa naissance, l’ONU mandate une politique basée sur une intervention divine très près des espoirs de Paul-Henri Spaak, celui qui a collaboré avec Joseph Retinger de la CIA pour fonder l’ACUE. Spaak souhaite qu’un être supérieur, «venant du ciel ou de l'enfer», puisse gérer le marasme de l’Europe.[3] En 1964, l’espérance se construit.

Robert Muller, ancien directeur adjoint de l’ONU et ex-président de l’Université de la Paix au Costa Rica, considère que l'organisme doit promouvoir une nouvelle religion au service d’un gouvernement unique, sans en être le porteur. C’est sur ce vent qu'en 1965, le «Conseil de l’Unité et de la Diversité» (Unity and Diversity Concil) naît sous la direction de «Leland Stewart», pour ébaucher une «nouvelle religion ayant un seul maître»[4].  Par la suite, dans les années 70, une chambre de méditation est offerte aux membres de l’ONU. Un gourou est même engagé pour répondre à leurs questions existentielles. En 1978, le raja yoga prend racine. En 1995, des employés de l’ONU assistent au XXe sommet de Montréal du 19 au 21 mai, Vers un nouveau ciel et une nouvelle Terre, où des médiums, des voyants et des prophètes se rassemblent afin de chercher des solutions pour l'an 2000. Enfin, plusieurs organisations mystiques sont patronnées par l'ONU. L’exemple le plus probant est celui du Lucis Trust. Ce groupe se donne la mission de préparer l’avènement messianique, en hommage à sa fondatrice Alice A. Bailey, membre de la Société Théosophique. Mlle Bailey est l’auteure du Retour du Christ (1948), une spirite et disciple du moine tibétain «Djwhal Khul», par qui elle reçoit des «informations télépathiques» depuis 1919. Pour loisir, elle étudie la possibilité «d'évoquer les esprits», par des «formules géométriques» conséquentes de formules mathématiques, ce qui comprend la fameuse «pyramide» égyptienne[5].

Maitreya et le Centre Tara

Un autre tentacule de la Société Théosophique est le Centre Tara ou Réseau Tara, l’organisateur de la méditation de transmission où est initié Peterson. Le 24 octobre 2002, j’assiste à une conférence de ce groupe donné à Montréal. Selon les informations diffusées, la venue de Maitreya est annoncée depuis 1945, années où Maha sort de la cité des anges au nom du Haut Conseil de Sirius. Enfin, son retour serait au menu depuis 1994, par la naissance d’un bison blanc, devenu noir, brun et rouge, phénomène rarissime que les Indiens d’Amérique associent à une union prochaine des humains de toutes races.  Pour y arriver, Tara travaille à une transformation planétaire de son siège social à Hollywood, aidé par des enfants indigo: des artisans de la paix, les outils des Maîtres de Sagesse appelés à devenir les futures adultes du Nouveau Monde; une sixième race qui dominerait la planète afin de profiter à un éveil collectif.

La mission n’est pas facile! Comme pour Mlle Bailey, il faut communiquer avec le Christ et les Grands Maîtres par télépathie, aimer les voyages et oser parler de politique. Ainsi, le 11 juin 1988, Maitreya apparaît rapidement devant les caméras de CNN, lors d’une assemblée chrétienne au Kenya. Le 13 mars 1994, il visite cette fois Montréal. Le 15 septembre 1996, c’est au tour de Baie-St-Paul. Le 19 avril 1999, il fait un saut à Québec durant 17 minutes et à Laval, pendant 18 minutes, le 24 septembre 2000. Enfin, il affirme appuyer l’ONU, organisation mondiale qui sera invitée à jouer un rôle important pour construire la société de demain. Il est aussi nécessaire de posséder les moyens pour diffuser des messages mystiques. Le 24 avril 1982, le Réseau Tara publie une page de publicité dans 16 journaux, dont La Presse de Montréal. Elle annonce le retour du Christ; un membre de la communauté pakistanaise de Londres, qui chaque samedi, donne des conférences sur un nouvel ordre économique fondé sur le partage. Le 14 mai 1982, Creme prévoit cette fois l'apparition du Christ à la télévision pour la Saint-Jean-Baptiste, un 24 juin qui a son lot de grâce. Malgré l’échec, Benjamin récidive. En 1987, il invite à Londres divers représentants des médias. Encore une fois, il affirme que le Christ doit se présenter à l'humanité. Enfin, à Montréal le 21 et 22 juin 1988, il dévoile qu’une date est fixée dans un futur rapproché pour sa manifestation. Lors de cette révélation baptisée le Jour de Déclaration et Jour de l'illumination, Benjamin prétend que le Christ se fera voir et entendre sur toutes les radios et les télévisions du monde. Il opérera une fusion mentale simultanément avec l'humanité entière. Chaque personne entendra télépathiquement dans sa propre langue les paroles du Christ, car il reproduira à l'échelle mondiale l'événement de la Pentecôte.  Il se produira aussi dans le monde entier des centaines de milliers de guérisons spontanées. L'humanité saura d'après ces phénomènes que cet homme et seul cet homme est vraiment le Christ.

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[1] PETERSON Wayne S., Rencontre avec les Maîtres de Sagesse, 1997, page 2.

[2] Ibid..

[3] NATHAÏ Mario, L’ONU: Du chaos à l’imposture, manuscrit, 1997.

[4] Les Dieux de l'An 2000, traduction de The God of New-Age, auteur et année inconnus.

[5] DELVAL Pierre et VION Paul, Le Monde occulte du surréel paraphysique, Commission d’Études Ouranos, 1981, page 250 et LESAGE Jean-Michel, La Séduction du Serpent, La Commission d’Études Ouranos, 1995, page 91.