5

 

Dans certains pays, les voleurs ont seulement cinq doigts.

Dans d’autres, ils utilisent cinq abris fiscaux et les services de cinq avocats.

 

 

Pommes de terre gratinées à l’Eau bénite

 

V

La droite de Dieu

(extrait)

 

Lorsque nous lorgnons une théocratie, tous les chemins mènent à Rome. Il est par contre nécessaire de faire une halte en Hollande pour mieux observer les affinités entre la droite politique, les sociétés secrètes, les multinationales et les services de renseignements. C’est à l’hôtel Bidelburger de Osterbeck que le Club  Bidelburger (Bidelberger) se forme lors de réunions du 29, 30 et 31 mai 1954 présidées par le prince Bernard. Sont présents des politiciens, des financiers, des banquiers, des militaires et des journalistes originaires des pays membres de l’OTAN. Il y a aussi son créateur Joseph Retinger. Cet ancien agent du Special Operations Executive (SOE), une organisation se voulant l’acolyte de l’Office of Strategics Services (OSS), l’ancêtre de la CIA, agit sous la bénédiction de Walter Bedell Smith, le patron de la CIA.

 

Conflits ou alliances? Tout comme le Prieuré de Sion, Retinger rêve de créer l’UE, le premier pas vers les États-Unis d’Occident, une union économique de l’Europe et des États-Unis. À cette fin, il crée le Congrès américain pour l’Europe unie (ACUE) le 29 mars 1949, avec l’assistance de Paul-Henri Spaak, homme politique qui entre 1936 et 1961 occupe le poste de ministre des Affaires étrangères, premier ministre de la Belgique, président de l’Assemblée consultative du conseil de l’Europe et secrétaire général de l’OTAN. Comme la réalisation des rêves exige de l’argent, le budget du Club Bidelburger passe rapidement de «250 000 $ US» à «25 millions $ US» grâce aux dons de mystérieux investisseurs qui gèrent des abris fiscaux[1]. Ça n’en prend pas plus pour nourrir des histoires de complots. Le 7 avril 1963, le journal britannique Observer associe le Bidelburger à un outil de domination des peuples autorisé par les gouvernements. En 1979, c’est au tour de Gonsalez-Mata d’attaquer le Club dans Les Vrais maîtres du monde (Éditions Grasset). Ce journaliste du magazine Actuel et ancien membre des services secrets espagnols affirme que les «services secrets américains, italiens et allemands» collaboraient avec le Bidelburger, pour «lutter contre le communisme»[2]. Enfin, pour Daniel Estulin, auteur et enquêteur, le Bidelburger serait «une société secrète qui poursuit un seul objectif: s'emparer du pouvoir mondial et soumettre le peuple aux intérêts des super-puissants et super-riches»[3].

Dès la première réunion annuelle de 1954, le Club Bidelburger serait intervenu en faveur du coup d’État contre le président du Guatemala, Jacobo Arbenz, du 15 juin 1954. Son crime? Il lutte contre le marché naturel, plus précisément celui de la multinationale de banane United Fruit (Chiquita brand) qui pratique l’art enrichissant de l’exploitation ouvrière, en récupérant une partie des terres agricoles afin de les remettre aux citoyens. La CIA entre en action. L’armée intervient et Arbenz est remplacé par Castillo Armas, plus à droite, plus loin de la population, plus près d’United Fruit et plus affectionné par l’oncle Sam. Ce n’est qu’un début. En 1964, la CIA finance les opposants du gauchiste chilien Salvador Allende. Il est défait. L’oncle Sam gagne. La même alliance se refait en 1970. Cette fois, ça ne fonctionne pas. Salvador Allende est élu à la présidence du Chili. Sa détermination donne assurément des maux de tête aux services secrets. Irrite-t-elle aussi des coteries restées fidèles aux orangistes? Allende s’inspire des initiés du Grand Orient de France du XVIIIe siècle. Il admire aussi son «grand-père», un «franc-maçon», et rêve à une «Révolution française» chilienne. À cette fin, il nationalise les banques et les mines, ce qui emboîte le pas à un développement rapide du Chili et un enrichissement de la classe ouvrière. Les seigneurs réagissent.  Le «général Schneider», un proche d'Allende, est «assassiné» le 22 octobre 1970. Par la suite, en septembre 1973, Salvador Allende se suicide lors d’un putsch militaire mené par le général Pinochet.

Plus au nord, le président des États-Unis Richard Nixon prouve qu’il est un excellent gestionnaire en votant une surtaxe à l’importation de biens et en éliminant la convertibilité de l’or, le 15 août 1971, geste imité par le premier ministre canadien Pierre Élliott Trudeau. Cela rend la monnaie flottante et la transforme en un objet de spéculation. Nixon est aussi un homme qui aime les gens d’expérience qui effectuent de longs mandats. James Schlesinger prend la tête de la CIA durant 5 mois (1973-74). À la même époque (1972-74), le scandale du Watergate frappe. Cette ténébreuse histoire d’espionnage éclabousse cinq collaborateurs de Nixon et la CIA, grâce au travail de Mark Felts (Deep Troat), un agent du FBI décédé le 19 décembre 2008, Bob Woodward et Carl Bernstein, deux journalistes du Washington Post. Nixon démissionne en août 1974 pendant que les liens entre la CIA et le Pentagone se resserrent sous la direction de James Schlesinger, cette fois à la Défense.  Profite-t-il du congédiement de «630 agents secrets» de haut calibre, lors de sa courte présence à la CIA, pour nouer les relations? Le «7 août 1977», Stansfield Turner dirige la CIA lorsqu’il «planifie de supprimer 820 postes, sur deux ans», dont ceux d’agents postés en Asie du Nord-Est et en Europe[4]. Le président qui l’invite à son poste se nomme Jimmy Carter. En 1973, il contribue à la fondation de la Commission trilatérale, un groupe qui se donne pour objectif d’intégrer l’Amérique, l’Europe et l’Asie en un seul bloc économique. Pour y arriver, une trentaine de personnes oeuvrent à la tâche. Quelques années après, des membres s’ajoutent, dont Raymond Chrétien et deux Québécois qui frayent avec le PLQ: Claude Ryan et Claude Castonguay (1978 à 1984).

La question qui se pose est celle-ci: le groupe Bidelburger et la Commission trilatérale sont-ils grands comme Hermès Trismégiste? La religion se joint assurément à l’économie et à la politique. En 1964, la CIA opère une alliance avec la droite chrétienne européenne et le Vatican pour nuire à Salvador Allende. Pinochet, celui qui le remplace, est un proche de l’Église. Enfin, le 18 avril 1983, Jean-Paul II accueille des membres de la Commission trilatérale, dont le nombre est de 200 à l’époque. Cette rencontre concrétise une devise que le défunt Souverain pontife reçoit de Malachie: De labor solis pour le Travail du Soleil.

 

Retour à la page d’entrée



[1] FACON Roger, Vérité et révélation sur l’Ordre du Temple Solaire, Éditions Savoir pour Être, 1995, page 48.

[2] Ibid., page 49.

[3] ESTULIN Daniel, Les secrets du club Bidelburger, 2006. Extraits parus dans Les Cahiers d'Ouranos, juin 2007, page 55.

[4] DURANDIN Catherine, La CIA en guerre, les Éditions Grancher, 2003, page 159.