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À la fin de la Guerre de Trois, il ne restait plus de traces des

3,333 soldats qui protégeaient la cité et que deux espions des 23 qui furent envoyés sur les lieux.

 

 

Bœuf à l’orange et à l’eau de rose

 

III

Religions et sociétés secrètes

(extrait)

 

Madame St-Pierre n’apprécie pas les disciples d’Hermès. Cette divinité, que nous retrouverons sporadiquement, touche à tout, au point de devenir Hermès Trismégiste, le dieu trois fois Grand Maître rappelant la trilogie chrétienne (le Père, le fils et l’Esprit saint), la triade hindoue (Brahma, Shiva et Vishnou) et trois divinités que nous retrouverons au huitième chapitre. Denis Tremblay s’inspire-t-il d’Hermès? Comme beaucoup d’intellectuels et d’idéalistes, il étend son influence dans au moins trois domaines. Dans son cas, il s’agit de la politique, de l’art et de la religion. Hermès inspire aussi des gens qui se retrouvent dans des cercles initiatiques. Nous parlons de sociétés secrètes oeuvrant généralement dans des secteurs névralgiques dominés par la politique, l’économie et la religion.

Un de ces groupes se nomme le Fellowship House, surnommé The Way ou la Famille, «un réseau mis en place par Abraham Vereide». Benoît Perron, conférencier, enquêteur et animateur d’émissions hebdomadaires sur les ondes de CIBL et CISM FM, la présente en tant que société secrète créée en 1935 par Abraham Vereide qui met sur pied «les prières quotidiennes à la Maison-Blanche et imprime les bibles des Gédéons, une association fondée en 1899 ayant distribué, en 2006, plus de 70 millions exemplaires de la Sainte Écriture dans 180 pays par le soutien de 250 000 membres». Elle parraine en plus ces entités: la chaîne de télévision «Vision TV, Vision mondiale», un organisme reconnu pour son soutien aux enfants du tiers monde; le «Christian Coalition», un groupe très influent dirigé par Pat Robertson; le «Congress Woman for America» administré par Beverly la Hayne; le «People for America» qui agit en tant que protecteur des valeurs morales; le «Concil for National Policy» (CNP) fondé par Tim la Hayne (le mari de Bevely et l’auteur de la série Left Behind) en 1981, avec l’aide du «Fellowship House»[1].

M. Perron ajoute que la Famille dispose «d’une organisation infaillible» et «de sommes considérables pour promouvoir un néoconservatisme religieux». Les résultats impressionnent. En mai 2006, «cinq des neuf juges de la Cour suprême des États-Unis» sont «membres de la Famille»[2]. En août 2008 cette fois, une jeune femme, qui jadis, voulait séparer l’Alaska des États-Unis, accepte le poste de colistière de John McCain à la course à la présidence. Son nom est Sarah Palin. Elle est aussi membre du CNP. Au Canada, Stephen Harper affirme, en février 2007, son désir d’asservir le tribunal de la Cour suprême à la philosophie sociale du PCC. Laquelle? Le «16 juin 1997», le premier ministre du Canada accompagne «Stockwell Day» et «Paul Martin» à la «conférence de CNP donnée à Montréal», événement qui permet de créer «l’Alliance canadienne en 2000» et le «nouveau Parti conservateur canadien le 16 octobre 2003»[3].  Aujourd’hui, l’actuel cabinet du premier ministre se compose d’une cinquantaine de fondamentalistes comprenant «Stockwell Day», «Peter MacKay», le responsable des Finances «Jim Flagerty», Gary Goodyear (Science et Technologie) et Rona Ambrose, l’actuelle ministre des Affaires intergouvernementales et des Sports[4]. Lors de ses fonctions à l’Environnement, cette dernière a pour conseiller Darrel Reid, le «président de Focus on the Family», un groupe reniant les «fondements scientifiques des changements climatiques»[5]. Enfin, derrière eux, nous retrouvons le «Fellowship House», une source de «financement du Reform Party de Preston Manning en 1987»[6].

La franc-maçonnerie est une autre société secrète qui œuvre dans le domaine religieux, politique et économique. Pour ses membres, son origine remonterait à «Adam», dont les «sciences libérales» et la «géométrie» étaient gravées dans son «coeur» par le «Grand Architecte» créateur de l’univers, Dieu. Par la suite, la maçonnerie se serait étendue sous «l’Empire romain» pour traverser vers «l’Angleterre» grâce aux «Saxons»[7]. C’est en 1277 qu’un premier atelier maçonnique s’instaure sous la tutelle du Vatican. À l’époque, il s’agit d’une confrérie de chrétiens, nommés francs messiers, qui érige des églises. Le 24 juin 1717, la franc-maçonnerie passe officiellement à l’Histoire, au nom de méditations métaphysiques, morales, religieuses et philosophiques. Quatre loges de Londres se réunissent pour créer la Grande Loge de Londres, sous le dessein de James Anderson, pasteur anglican de l’église Swallow Street depuis le 15 février 1710 et Jean-Théophile Désaguliers, fils d’un «pasteur anglican» né à «Aysté», France, «le 12 mars 1683», immigré à Londres en «1692»[8].  Pour Désaguliers et Anderson, la franc-maçonnerie se compare à une «Société de Pensée» dont l’objectif est de rassembler, par «cooptation», des «nobles», des «bourgeois», des «prêtres» et des «savants», afin de «proposer, d’abord à la société anglaise, puis au monde entier, un principe philosophique inédit». Pour y arriver, le maçon doit être «pacifique, soumis au pouvoir civil du lieu où il travaille et réside, ne jamais se mêler de complots et de conspiration contre la paix et le bonheur de la nation»[9].

En 1721, Désaguliers écrit la bible de la Grande Loge de Londres, aussi appelé Grande Loge d’Angleterre. Il s’agit de la Constitution, oeuvre essentiellement attachée à la foi en Dieu, à la fraternité, à l’accès réservé aux hommes de bonnes mœurs et au Temple de Salomon, construction du dernier roi d’Israël érigée il y a bientôt 3000 ans. La franc-maçonnerie, jusqu’ici protestante et anglicane, s’arme du même coup d’un indispensable universalisme qui lui permet de s’étendre sur le monde, en prônant l’adhésion de juifs, de musulmans, de catholiques et d’hindous. Plus au sud, «30 000 maçons» se dispersent en 1778 dans «629 loges» françaises. Il s’agit d’une maçonnerie traditionnelle et catholique qui existe depuis le «25 mars 1688», selon des propos tenus le «13 mars 1777». Son nom est le «Grand Orient de France». Approuvée depuis 1771, elle se hiérarchise sous 33 degrés initiatiques inspirés du Rite écossais; une ramification plus libérale et moderne, qui dès 1721, partage le terrain avec la Grande Loge d’Angleterre, devenue, chez la patrie de Molière, la Grande Loge de France dès le «24 juin 1738»[10]. Que se passe-t-il au Québec à cette époque?  En 1752 naît une «première loge montréalaise», baptisée «The Lodge of Antiquity». Elle est suivie, en 1759, par la Grande Loge du Québec, reconnue par la Grande Loge d’Angleterre le «24 juin 1760»[11].

Bien que «les obédiences maçonniques régulières interdisent toutes actions et toutes prises de position dans des conflits, controverses et luttes politiques, confessionnelles ou autres», les premières loges maçonniques soutiennent une politique «d’assimilation» au service de l’Angleterre, la nation à laquelle les maçons doivent fidélité, au détriment des Canadiens français et de la France[12]. Mentionnons à cette fin que Lord Durham occupe la fonction de Grand Maître dans la Grande Loge d’Angleterre lorsqu’il propose l’assimilation des Canadiens français. Trente ans après sa mort, le 18 octobre 1870, un atelier entièrement francophone se crée. Son nom est la Loge des Coeurs-Unis. Par la suite, en 1892, des membres de cette loge fondent la Loge Émancipation rattachée au Grand Orient de France. L’Église réagit à cette présence de Canadiens français catholiques dans la Grande Loge d’Angleterre. En 1910, elle dénonce la «Loge Émancipation de Montréal»[13]. Quelques années après, le clergé accuse la maçonnerie de contribuer à l'établissement d'un régime communiste et à une hégémonie d’entreprises et de banques. Depuis longtemps, l’Église, l’institution qui donne naissance aux francs métiers au XIIIe siècle, accepte mal l’intégration de plusieurs confessions religieuses dans une franc-maçonnerie se voulant exclusivement catholique.

L’Église s’indispose aussi de la création, en 1773, de loges féminines au sein du Grand Orient de France. Nous ne pouvons passer à côté de cette société secrète. Le Grand Orient œuvre à l’indépendance des États-Unis. Les conséquences indisposent assurément le confort de loyalistes profitant du colonialisme de la monarchie. La victoire suit. Le 4 juillet 1776, la France signe une alliance avec la nouvelle nation, un événement remémoré par le don de la statue de la Liberté (Liberté éclairant le monde) en 1886, oeuvre des maçons Auguste Bartholdi et de Gustave Eiffel, en l'honneur de la «liberté», de la «fraternité» et de «l'égalité»; trois mots de ralliements du Grand Orient de France. Le Grand Orient tente aussi d’influencer les Canadiens français catholiques. À cette fin, lors de sa «visite à Montréal en 1776 […] Benjamin Franklin», physicien et premier président étasunien «initié au Grand Orient lors des négociations de l’alliance française», aide «Fleury Mespler». Par ce soutien, il fonde le journal The Gazette (de langue française à l’époque) et devient le «premier imprimeur francophone» diffuseur au «Québec des idées des Philosophes des Lumières»; un mouvement progressiste et républicain, inspiré principalement de Voltaire (1694-1778), qui a pour mission de léguer au peuple des droits civiques, politiques et économiques et d’organiser le progrès en fonction des libertés individuelles[14]. Un autre initié du «Grand Orient de France du Massachusetts» fonde, en 1873, le journal «La Patrie» et est ensuite élu maire de Montréal. Son nom est «Honoré Beaugrand». Enfin, «Louis-Joseph Papineau», celui qui joue un rôle crucial dans la politique canadienne en tant que chef des Patriotes entre 1815 et 1837, est membre du Grand Orient de France[15]. Il est un républicain avoué qui lutte avec acharnement contre les loyalistes afin d’établir un régime politique plus démocratique s’inspirant de la révolution américaine et française. Le 15 mai 1837, il s’en prend même à la pensée totalitaire en proclamant que le Parlement britannique prend position contre le peuple, en repoussant les réformes proposées par les Patriotes.

 

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[1] PERRON Benoît, conférence du 19 avril 2006. Aux lecteurs qui s’intéressent au Fellowship House, M. Perron devrait approfondir le dossier lors de conférences en 2009.

[2] Ibid..

[3] Ibid..

[4] Ibid..

[5] RODRIGUE Isabelle, «Rona Ambrose embarassée par son chef de cabinet», Le Devoir, le 4 octobre 2006, page A2.

[6] PERRON Benoît, conférence du 19 avril 2006.

[7] Auteurs inconnus, Les Sociétés secrètes, Histoire d’hier et d’aujourd’hui, 2002, pages 74 à 76.

[8] RUELLAND Jacques G., La Pierre angulaire, Les Éditions point de fuite, pages 102 et 103. 

[9] Auteurs inconnus, Les Sociétés secrètes, Histoire d’hier et d’aujourd’hui, 2002, page 76.

[10] RUELLAND Jacques G., La Pierre angulaire, Les Éditions point de fuite, pages 78 et 81.

[11] Ibid., pages 36 et 37.

[12] DEL DROULEZ Joël, Le Prix de l’ignorance, Les Éditions les Maux dans les Mots, 1995, page 37.

[13] RUELLAND Jacques G., La Pierre angulaire, Les Éditions point de fuite, page 128.

[14] Ibid., page 84.

[15] Ibid., page 91.