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Le roi prie son maître pour qu’il puisse lui donner la puissance pour tuer le Lys d’Amérique. Il obtempère à sa demande en lui donnant treize ministres femmes, treize ministres hommes et treize années de pouvoir.

 

 

Crème brûlée au miel et venin de vipère

 

XIII

Fêtons pendant que nous tombons

(extrait)

 

Ce qui nous inquiétait hier devient la solution de demain. Ainsi, certaines militantes du droit des femmes proposent la création d’un nouvel ordre mondial pour résoudre les nombreux problèmes qu’elles rencontrent, pendant que des initiés nous annoncent l’érection prochaine d’un nouvel ordre économique. Parmi ces gens, nous retrouvons Klaus Schwab. Ce responsable du Forum économique mondial de Davos de 2009 affirme que la crise […] transformera les choses, et le monde en sera certainement changé. Ne croyons pas qu’il prendra pour modèle la Finlande, un pays très compétitif qui contredit les chiffres des prêtres du néolibéralisme en offrant la gratuité totale (repas, transport, livres) aux étudiants, cinq semaines de vacances par années aux travailleurs, dont 80 % sont des syndiqués. Comme d’autres, il vénère le néoconservatisme, le vrai, le bon, le sanctifié, celui qui permet d’attaquer les droits individuels et d’ériger une tyrannie. Ils idolâtrent cette philosophie économique, car elle excuse l’inversion des Lois de la Tradition.

Encore une fois, Gannes nous invite à observer de plus près les réseaux financiers. Celui de M. Schwab tient ses réunions annuelles au mois de janvier, sous les auspices de la Société du Mont Pèlerin. Avec pour exemple celle du 24 (2+4) janvier 2007, se réunissent «2400» (2+4+0+0) «participants de 90 pays, dont 24» (2+4) «chefs d’État et de gouvernements», comprenant Tony Blair et Jean Charest, «ainsi que 85 ministres» et «800 responsables des plus grandes entreprises mondiales» pour parler du «nouvel ordre économique mondial»[1]. Ces six sont-ils le fruit du hasard, pour s’amuser de nous ou des codes signant la mission d’initiés? Ne cherchons pas la réponse dans l’enseigne du Sommet: un arc qui se superpose à trois «O», la quinzième lettre dont la valeur numérique (1+5) donne trois nombres six (666).

Je n’aime pas jouer avec les nombres. Ou disons que je n’ai aucun plaisir à le faire. Je dois par contre suivre les traces de ceux qui se payent ce loisir. C’est maintenant terminé. Nous pouvons traiter d’un événement positif. En revenant de Davos le 2 février 2009, jour de la marmotte, Jean Charest se fait remettre la Légion d’honneur de la main de Nicolas Sarkozy sous l’œil complice de Paul Desmarais et du maire de Québec Regis Labeaume. Bravo! Même si le premier ministre semble incapable de protéger la langue française et le terroir québécois, il réussit tout de même à porter une médaille dorée reflétant le soleil de son lustre. Le lendemain, le bonheur poursuit sa route. Le président français décore cette fois J. K. Rowling, l’auteure britannique des romans Harry Potter, le gentil petit sorcier.

Ce geste anodin me rappelle que c’est aussi en janvier que se tient un événement annuel dont la dernière médiatisation connue date de 1976. Il s’agit de l’Assemblée mondiale des sorciers qui se tenait à Bogota. Cela dit, nous n’avons qu’un pas à faire pour comparer certains oligarques et hommes de pouvoirs à des sorciers, en retenant cette définition de la sorcellerie tirée du film Suspiria (1977) du réalisateur italien Dario Argento: Faire appel au monde de l’occulte pour obtenir des pouvoirs permettant d’influer sur la réalité, agir sur les personnes et obtenir des avantages matériels et personnels, par le mal des autres. Traduction néolibérale: Faire appel aux autorités et chefs mondiaux pour obtenir des pouvoirs permettant d’influer sur la réalité, agir sur les personnes et obtenir des avantages matériels et personnels, par le désengagement de l’État se soldant par le mal des autres.

Les mages rient assurément de cette citation, en se défilant. Pourtant, ils se comparent à de mauvais alchimistes qui transmuteraient les métaux précieux à l’aide d’alambics boursiers. Pour le démontrer, un des grands maîtres de Davos réussit la conversion de l’or en charbon en 2008. Il se nomme Richard Fuld et est étroitement lié à la faillite de Lehman Brothers en 2008, banque d’investissement ayant pour actionnaire Axa. Nous n’analyserons pas en profondeur les nombreuses mixtures économiques qui se font sur le dos des petits épargnants, en utilisant parfois l’alambic de groupes criminels et des services secrets, si ce n’est pour poser cette question: qu’apprendrons-nous en 2009 comme mauvaises nouvelles de la bouche de cette élite aristocratique? Le 21 avril 2009, les responsables de la Banque du Canada affirment que la crise semble plus profonde qu’ils le croyaient que la reprise ne se manifeste pas à l’horizon, malgré un taux d’intérêt à 0,25 %. Peu importe ce qui arrivera, des gens nous chanteront que le marché naturel est imprévisible comme l’est Dieu, qu’il faut couper dans les services sociaux, combattre le fléau de la syndicalisation et injecter des fonds dans les banques et les multinationales, que le néolibéralisme s’avère la meilleure façon de créer de la richesse. Nous pourrions leur répondre que cet univers représente un Axe du mal qui tue et transforme pour de l’argent, comme le ferait un sorcier par des sacrifices humains. Nous pourrions ajouter que le privé qu’ils vénèrent repose trop souvent sur des dogmes et des fadaises irrationnelles, dont le concept de la croissance infini. Pour conséquences, les signes de la débandade du système capitaliste de Jean-Jacques Salomon se manifestent dans les moindres recoins du savoir. Nous ne parlons pas essentiellement de groupes tels l’IEDM, une entité qui est à l’économie ce que l’astrologue est à l’astronomie, selon Sylvain Sauvé, mais d’universités, dont celle de «New York» qui permet, dès la fin des années 70, à qui le veut, d’étudier la «sorcellerie et la magie» sous la tutelle de «Owen Rachleff»[2].

Le cirque solaire

Mon regard sur les rouages de l’économie, de la religion et de la politique est certainement obscurci par une grossière frustration qui remonterait à mon enfance ou encore à une vie antérieure. Dites-moi que je contemple ce que je suis. Dites-moi que les séparatistes sont des tarés, que tout va bien, que l’art québécois brille et que la guerre apporte la paix. Dites-moi que le déclin et la mort de la culture que j’observe quotidiennement relèvent d’une illusion. Seuls le marché naturel et la consommation triomphent.  Dites-moi que les initiés du soleil aiment la vie. Priez pour que je puisse vous croire. Dites-moi qu’il n’y a ni Dieu ni Diable. Merci à l’Association humaniste du Québec qui utilise des autobus de la Société de transport de Montréal entre le 2 et 27 mars 2009, pour diffuser ce message: Dieu n’existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie. Fêtons et amusons-nous. Allons au cirque pour que je puisse changer mon humeur et retrouver l’enfant en moi, en espérant devenir un bon fédéraliste ou le cochon d’Inde de Justin Trudeau; avoir enfin le cran de remplacer l’affiche de la tournée 2004 de Fred Fortin et de Carnet Urbain #1 par la photo d’Élisabeth II.

Sous le chapiteau se déroule un spectacle dément digne des films de André Forcier, de Federico Fellini et de Tim Burton. Sur la scène jaillit un magicien qui fait apparaître des trous dans des budgets, la couche d’ozone et les beignets de Tim Hortons par quelques coups de baguette. Soudainement, un gigantesque ballon économique tombe du ciel en nous rappelant celui qui surgissait dans la vielle série britannique Le Prisonnier. Souvenons-nous. L’action se passait dans un village ensoleillé où tentait de fuir un agent secret portant pour nom le numéro six. Peu importe ce qui revient à notre mémoire, le clown Patapouf arrive sur la scène. Il court après le gros ballon, le frappe, pour ensuite le recevoir en plein visage et culbuter sur ses fesses. Des rires éclatent dans la salle. Il se relève, ahuri, et regarde les spectateurs pour leur poser cette question: Did you see the 38 G$ hole in the Caisse de depot? (Vous avez vu le trou de 39,8 G$ dans la Caisse de Parizeau). Vlan! Patapouf disparaît avec sa médaille durant une semaine, pendant qu’une fanfare joue God Save the Queen. C’est le délire. Un écran de fumée couvre la scène alors que trois courtauds apparaissent sous les projecteurs. Le nain Compétent jongle avec des nombres en les échappant au sol. Le nain Bécile les ramasse et les place sur un tableau en jouant à l’économiste de l’IEDM et de l’Institut Fraser. Le nain Verseur les inverse pour les faire passer du négatif au positif. C’est alors que des tambours tonnent et que le magicien revient. Un coup de baguette! Les 38 G$ réapparaissent dans le plan de stimulation économique des États-Unis, 800 G$ qui change to a 838 G$.

Applaudissons! Le cirque s’anime comme jamais. Des clowns déambulent par dizaine en divertissant les âmes sensibles. Des acrobates s’affaissent sur des filets de poissons transgéniques contaminés à la mélamine, de viande froide de Maple Leaf et de coussins de fromage à pâte molle. Bedom! Bedom Bedom! Ils rebondissent comme les actions boursières de Putnam Investment. Pour contrer les effets des changements climatiques, des bozos bottent les fesses de Kyoto et l’enferment dans une cage avec un arbre et des animaux en proposant à la foule de les libérer pour l’an 2050, lorsque notre chair sera dévorée par les vers. Le public rit à s’en étouffer alors que des suggestions se multiplient sous les projecteurs, comme des papillons multicolores et que des croyances montent des échasses démesurées pour s’imposer aux spectateurs. Un tambour tonne. Nostradamus se présente avec une boule de cristal, pendant qu’une épaisse brume recouvre la scène. Une fois que le voile de nuage se retire, la mémoire de la voix soit périe se réalise lorsque le magicien fait apparaître le texte commémoratif de Vimy.

Parmi l’assistance se retrouvent des journalistes de la SRC. Ils précisent que le texte est truffé de fautes d’orthographe. «Here, We only speak evil’s language» (Nous sommes vraiment désolès) disent les clowns. «The show is finish, stupids» (C’est regrettable et malheureux, chers amis) ajoute le magicien. Par la suite, Harper, le directeur du cirque, prend la décision de modifier le texte à quelques jours de la cérémonie d’inauguration du 9 avril 2007. Le spectacle continue et les clowns récidivent. Lors du Sommet de la langue française d’octobre 2008, le bilinguisme s’impose par la participation du Conseil du trésor du Canada. Magnifique organisation! Des agents de la GRC anglophones gardent la ville de Québec pendant que les politesses se multiplient sur des placards: Welcome to the Sommet of Francophonie (Bienvenue au Sommet de la Francophobie). Nostradamus peut retrouver son sourire en léchant son crapaud Bufo.

Les lumières s’éteignent sous les applaudissements chaleureux du public. Soudainement, de puissants projecteurs épient la scène déserte. L’éléphant républicain arrive et donne une prestation qui tient en haleine les spectateurs, lorsque la ballerine d’Alaska monte sur son dos. Suit le castor canadien. Bien que petit, sans force ni caractère, il amuse les enfants avec sa queue en forme de spatule à rôtisserie et ses deux dents dans sa Bush. C’est maintenant au tour de l’âne démocrate. Il est utile, travaillant et bienveillant, au point d’en faire un excellent gardien de moutons. Se présente enfin le gorille parlant d’Hérouxville, baptisé Commission Bouchard-Taylor par le clown Jean Patapouf. Celui qui le capture l’accompagne. Il se nomme André Drouin et agit à titre de conseiller du village. On veut de l’action! Au début de 2007, M. Drouin provoque plusieurs commentaires, par la rédaction du Code de conduite de la petite localité, servant à encadrer les compromis vis-à-vis des autres communautés. Nous ne tenterons pas de juger ses réactions. Nous constatons tout de même que l’animal se révèle docile en plus d’avoir un sens de l’analyse, disons-le, primitif. Le préféré de tous arrive. C’est le bœuf, mammifère fort et cornu comme Asmodée. Attention! L’animal mugit et beugle en fixant un clown rouge. Va-t-il l’encorner? Non. Il se retourne subitement, présente ses fesses au public et défèque de l’or et des liasses d’argent.

Lorsque l’arrière-train du bovin produit plus de bien qu’il en rumine dans sa bouche, les employés du cirque se réunissent pour une grande fête où se retrouve l’élite politique du Nouveau Monde. Certains se rencontrent sous l’Arbre de Babylone. Parmi eux, nous retrouvons des adorateurs d’un hibou qui ulule en les épiant, les membres d’un club sélect fondé en «1872» sous le nom de «Bohemiam Club». Pour fêter le libre marché, ils se rassemblent annuellement dans une «forêt californienne de la région de San Francisco» et commémorent «l’esprit de bohème» en mettant le «feu au pied d’un hibou de pierre de douze mètres». L’oiseau n’incarne pas l’athéisme d’une quelconque association humaniste, mais «Moloch», une «représentation de la déesse sumérienne Lilith» et de Baal à qui le premier-né était sacrifié. Près d’eux, glisse l’ombre de «Cathy O’Brien», une ancienne prostituée qui affirme que «des programmes de manipulations mentales serviraient à alimenter le Club d’esclaves» pour des «orgies» et des «sacrifices humains»[3]. Comme toujours, les preuves se remplacent par des signatures: une tête de hibou qui se dessine à vol d’oiseau autour de la Maison-Blanche et sur le dollar américain. Comme toujours, ces signes s’accompagnent d’une impression qu’entre les complots et les mensonges, se dresse une vérité qui traverse difficilement vers le public.

D’autres dégustent de la viande rôtie sur la braise du charbon en étalant les mortifications qu’ils accomplissent. Une fois que leur palais se soudoie de sang, ils s’entretiennent des éleveurs texans qui, par hybridations, reproduisent des bœufs roux parfaits, afin de les utiliser pour le sacrifice perpétuel. Le fameux récipient reste toujours introuvable. Le moral s’affaisse. Pour redonner un peu de vie à la fête, ils se mettent alors à parler du trésor de Salomon. Il comprend le «Menorah», chandelier à sept branches symbolisé par le «G» (la septième lettre) qui se découvre entre le compas et l’équerre des maçons. Ils lèvent leurs verres en honorant le Grand architecte (God) et Gannes en pensant au nombre du Cube et aux golems qui se multiplient pour se laisser marquer, pour ensuite dire: No Solomon without Temple, no Temple without Zion (Pas de Salomon sans Temple, pas de Temple sans Sion).

Plus loin, nous retrouvons ceux qui préfèrent cuisiner pour se détendre autour d’un bon repas. Obama s’anime d’une résistance sans pareil, en refusant de mijoter un plat à l’énergie atomique iranienne. Il veut du vert. À sa droite, Harper raffine le goût subtil des émissions de GES en optant pour un budget de crise qui offre un soutien à l’industrie nucléaire et pétrolière.  De son côté, Jean cuisine un repas gastronomique en chantant I Me Mine (Je moi mien) des Beatles, des plats gras contenant beaucoup de calories pour donner de la force aux invités: deux portions de soupe cochonne au Suroît, un double pâté au Rabaska-Gazprom allongé sur un effluve fluvial «porcuaire», un coulis de Romaine au mercure d’Hermès et pour dessert, une Commission double beurre Bouchard-Taylor arrosée d’une crème Gentilly II de 1,6 G$ saupoudrée d’un soupçon de privatisation d’Hydro-Québec.

 

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[1] BAERT Patrick, «À Davos, l’élite mondiale se penche sur un monde schizophrène», Le Devoir, le 20 et 21 janvier 2007, pages C1 et C4.

[2] Ibid.,  pages 270 et 271.

[3] Les Cahiers d’Ouranos, numéro 45, juin 2004, pages 47 et 48.