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Onze sicles enrichissent le sage pour son travail.

Onze seigneurs lui en demandent chacun un pour lui donner le droit de s’enrichir.

 

 

Aigle farci au tournesol et au bolet de Satan

 

XI

Le Soleil

(extrait)

 

Pour ceux qui désirent l'assistance d'un professeur pour se joindre à eux, je vous propose un alchimiste allemand du XVIe siècle. Il se nomme Ulrich de Mayence. Sa vie débute bizarrement. Par un «2 août 1486», il est trouvé abandonné sur une épave ancrée au «Rhin», près de Mayence, à un moment où la pluie tombe sur la nuit et que des «lumières étranges», rappelant les ovnis, «dansent dans le ciel».  À côté se retrouvent ces objets: une «couronne» d'or «supportant une croix», un «bâton» surmonté «d'une figure d’aigle aux ailes déployées […] enrichie de diamants» et d’une «épée»[1].

 

Croyant en une origine royale du jeune enfant blond aux yeux bleus, le barbier militaire «Hermann Krumm» le prend en charge avec l'espoir de soutirer une récompense à sa famille. Son initiative ne donne pas de fruits. Ulrich semble sans parents. Il décide donc de l’élever. Quelques années après, Ulrich se découvre d’une intelligence exceptionnelle, au point qu’il aurait impressionné Léonard de Vinci, le prétendu Grand Maître du Prieuré de Sion. À l’âge de 19 ans, sa vie bascule. Aurélia Von Frienwald, son amoureuse, passe à trépas. Ulrich se résout alors à joindre les ordres catholiques, pour ensuite devenir prêtre en 1511. En 1512, il se tourne vers la pratique de la médecine en Italie. Lors de l’exercice de son métier, il rencontre de nombreux mystiques, dont les descendants des Templiers et des Cathares. En 1553, il ose même exprimer ses idées très controversées, au risque d’être incarcéré pour hérésie à la suite de querelles avec Jean Calvin, réformateur français. Enfin, le 7 avril 1558, il disparaît en laissant derrière lui des œuvres littéraires et ce racontar: Ulrich de Mayence aurait vendu son âme au diable. L’époque profite aux rumeurs. Les inquisiteurs chassent le malin chez les kabbalistes et alchimistes, des amateurs de sciences occultes et de la tradition ésotérique juive qu’Ulrich fréquente, au point d’y puiser des expériences déroutantes que l’Église accepte difficilement. Dieu, baptisé l'Innombrable selon ses mots, lui apparaîtrait plusieurs fois durant certaines nuits, jusqu’à lui inspirer la création d’une imprimerie (1532) et de l'Ekklesia des Kataugues, une énigmatique société secrète.

 

Un juif converti au catholicisme rencontre pour la première fois de Mayence en 1526, lorsqu’il soigne des pestiférés. Les relations sont bonnes. De Mayence devient son père spirituel et sa principale inspiration pour l’étude des  arts divinatoires, dont l'astrologie. Nous le connaissons. Il s’agit de Nostradamus. À l’âge adulte, il pratique la médecine à Toulouse. Il se permet aussi quelques expéditions aux Pyrénées afin de chercher les «coffres de Tariq Ibn Ziyad» (un conquérant musulman) où doivent se retrouver de vieux manuscrits et la «Table d’émeraude»[2]. Pouvons-nous lier cette dernière à l'émeraude alchimique qui nous a fait rencontrer Isis, Osiris et le nombre 13 au quatrième chapitre? Selon la croyance populaire, la Table serait le texte fondateur de l’alchimie écrit par Hermès Trimégiste, en plus de commémorer le vieux souvenir d’une relation amoureuse entre Hercule et Pyrène, la fille de Brébyces. Nostradamus s’intéresse assurément à la science des alambiqueurs. Pour combler sa passion de l’alchimie et de la kabbale, un monastère, où se pratiquent ces sciences, siège à Toulouse, entre 1537 et 1550, pendant que l’Agla, une société secrète d’éditeurs, d’auteurs et de relieurs ayant en son sein le célèbre François Rabelais, communique des recettes alchimiques par des codes et imprime les premières cartes du tarot, comme nous l’avons aussi vu au quatrième chapitre. En 1548, le prophète est mûr pour répondre à cette demande de De Mayence: écrire un Index secretus sous forme de Codex. Un premier livre paraît en hébreu après une rencontre avec Ruggieri, l’astrologue et le conseiller de Catherine de Médicis, célèbre amie de Nostradamus et nièce du pape Clément VII. À la suite de l’édition du Traité des fardements et des senteurs en 1552, il imprime l'élaboration finale des Codex en 1555, 1556 et 1557. Enfin, en 1558 une version complète forme ses célèbres Centuries.

 

Ce dernier livre intrigue depuis des siècles les amateurs de mystères. Les plus érudits croient que Nostradamus aurait codé ses Centuries dans l’esprit d’Agla, afin de révéler des secrets de la kabbale. Parmi les opposants de cette initiative, nous retrouvons le kabbaliste Jules César Salinger. Il doit sans doute savoir que Nostradamus n’est pas un héritier de la kabbale pure confiée par Dieu à Adam et Moïse. Il s’intéresse plutôt à la gnostique pharisaïque associée au Talmud corrompu. Née entre les années 150 av. J.-C. et 180, cette connaissance inspire la kabbale chrétienne dès le XIIIe siècle, avec pour principal objectif la «conversion de juifs au christianisme». Au XVIe siècle, elle s’étend en Europe par «l’Académie platonicienne de Florence, créée à la Renaissance par un parrainage de la famille Médicis». En Allemagne, elle engendre par la suite une «Kabbale pratique». Ce savoir, que nous avons évoqué en traitant de la présence de rabbins polonais dans la Grande Loge de Londres au début du XVIIIe siècle, profite rapidement à «l’émergence de pratiques occultes» comprenant «l’invocation des anges», la «sorcellerie et la numérologie»[3]. 

Il y a aussi un autre problème. Les Centuries ne seraient pas des prédictions, mais un scénario réservé aux Kataugues. En 1979, le Grand Maître Ebenezer Holz nous laisse croire que les prophéties de Nostradamus reçoivent le même traitement de faveur que celles de la Bible traitant de la naissance d’Israël et du retour du Christ, en affirmant que c'est dans le plus grand secret que les Kataugues ont réussi à traverser les siècles pour s'épanouir enfin au grand jour, exactement à la période fixée située vers l'an 2000 de l’Ère suprême ou jour du Temple solaire. Celui qui profite le plus de ces interventions s’incarne dans la peau du Grand Monarque, dépeint comme un souverain incontournable arrivant sous le seuil de l’Apocalypse.

 

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[1] DE ROISIN Michel, Ulrich de Mayence: La Bible de l’an 2000, Éditions du Rocher, 1979, pages 90 et 91.

[2] FACON Roger, L’Or de Jérusalem, Montorgueil, 1990, page 189.

[3] BERENSON-PERKINS Janet, Les Secrets de la Kabbale, Éditions Soline, 2002, pages 12, 13, 86 et 87.