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Pour
être plus complétifs face au marché mondial, nous devrions travailler durant
dix jours, avant d’avoir une journée de repos. Nous devrions aussi voter une
loi qui rendait légal le travail dès l’âge de 10 ans. Enfin, si ce rythme de
vie nous permettait de vivre 10 ans de moins, il y aurait moins de dépense pour
les pensions, plus d’argent dans la caisse de l’État pour lui permettre de
mater les travailleurs improductifs.
X
Soyons
positifs
(extrait)
Ne croyons pas la science à l'abri de ces
manipulations, malgré les bonnes intentions de la Société royale des sciences
exprimées au XVIIe siècle. Comme l’humain, elle a tendance à exprimer des
fadaises lorsqu’un empressement se fait sentir. Pour contrecoups, une utilisation
à outrance de la raison prend l’arme du novlangue pour éviter de nous alerter
sur la présence de dogmes alogiques dans le savoir, dont le dossier des OGM
devient la référence principale lors de nos lectures. Nous constatons, de ce
fait, que la différence entre notre époque et celle qui précède les Lumières
est moins importante que nous le croyons, car sous le parapluie du savoir, se
retrouve une part non négligeable de pensée magique. Elle se cache, s’exprime
peu et laisse l’impression que même si la religion ne décide plus des ambitions
des scientifiques, comme à l’époque de Galilée, elle se fait tout de même
nourrir par la science.
Jean-Jacques Salomon, professeur français «titulaire
de la chaire de la Science, technique et société […] critique de l’évolution
des sciences» et «auteur du livre Une civilisation à risque», nous
aide à mieux comprendre cette distinction. Il voit le début d’une débandade
provoquée par un «système capitaliste» ayant «fait main basse sur la science
pour stimuler l’économie» en s’assurant de museler «les scientifiques pour les
empêcher de débattre de leurs inventions et de leurs découvertes». Pour
conséquence, nous vivons dans une «l’humanité qui se retrouve aujourd’hui avec
de nouvelles technologies potentiellement encore plus menaçantes, comme les OGM
et les nanotechnologies qui se répandent sans qu’on ait évalué préalablement
leurs impacts». Pour remédier aux problèmes, c’est toujours l’apathie liée au
refus du verbe et de la connaissance. Pendant que la «dynamique politique et
militaire historique» se modifie par «l’épuisement des ressources conjugué au
réchauffement climatique», la «majorité des scientifiques ne sont plus dans les
universités, mais dans les services de recherche des multinationales et des
appareilles militaires». Ensemble, ils préparent notre avenir. Leurs techniques
qui servent à la création d’«OGM», de «nanotechnologies» ou à la «procréation
assistée» cachent «une réelle tentative d’eugénisme, laquelle serait devenue
acceptable parce qu’elle n’est plus le produit de la dictature hitlérienne,
mais celui du monde et d’un marché libre.»[1]
M. Salomon ajoute que nous replongeons à «l’époque où les scientifiques
cherchaient à se protéger de l’Église, de l’Inquisition ou des nouveaux États»,
avec cette exception: «aujourd’hui on ne peut se protéger contre les
nouveaux pouvoirs des militaires et de l’économie parce qu’ils contrôlent
tout»[2].
Ainsi, la science contribue à la mise en place de ce qu’elle dénonçait jadis:
une élite décidant de sa mission en fonction d’intérêts et de croyances.
Les propos de M. Salomon nous ramènent au chaos des
initiés. Le désengagement de l’État, prôné par les nombreux héritiers de la
philosophie de Léo Strauss, permet une utilisation de la science pour préparer
les bases d’une théocratie. Comment? En
exploitant nos réactions à des décisions unilatérales qui encadrent les
produits de nos consommations. Par des analyses, des études, des mises en
marché et des conceptions qui créent de nouveaux maux que la technique du
savoir ne peut résoudre dans un délai convenable: pollution, changements
climatiques, maladies industrielles, contaminations et mutations. Pour
contrecarrer leurs effets, nous espérons la naissance d’un nouveau modèle
économique basé sur la décroissance, sans pour autant nuire à notre qualité de
vie; un changement sans sacrifice qui relève assurément d’une pensée magique se
traduisant, chez beaucoup, par l’espoir d’une intervention cosmique ou divine
qui réglerait nos problèmes, comme nous le constatons avec les propos de Paul
Hellyer au neuvième chapitre.
Sur cette route, les signes d’une inversion de
conclusions d’études et des rôles des institutions se manifestent. Ainsi, pour
rédiger la première politique québécoise agricole, en mars 2009, le
gouvernement du Québec embauche Michel Morisset, un universitaire qui a «publiquement
pourfendu le rapport Pronovost sur de
nombreuses tribunes et fait la promotion de sa propre vision de l’agriculture
et de l’agroalimentaire, qui se situe aux antipodes des recommandations de
la Commission sur l’avenir de l’agriculture», selon Claire Bolduc, présidente
de Solidarité rurale. Benoit Girouard, le président de l’Union paysanne, ajoute
que M. Morisset est «un critique de cette commission avant, pendant
et après sa tenue»[3]. Oui à un Québec génétiquement transformé!
Pendant que Mgr Gianfranco Girotti dénonce, dans le journal Osservatore
Romano du 10 mars 2008, plusieurs violations des droits fondamentaux
de la nature humaine à travers des manipulations génétiques, la science
s’enferme dans un hermétisme initiatique digne des alchimistes, en acceptant
des croyances à la place de les contester. Nous devons croire qu’une main
invisible intervient dans l’équation des économistes. Nous devons admettre
l’idée que les OGM sont non seulement la solution à la famine, mais aux
changements climatiques. Nous devons accepter la transformation de notre monde
pour contrer les maux provoqués par sa transformation… Illogisme? À un moment
où 20 % des semences cultivées sont issues de manipulations génétiques, dont
les droits sont presque exclusivement détenus par Monsanto, des chercheurs
proposent une culture intensive de soya modifié qui réfléchit jusqu’à 5 %
plus de la lumière, afin d’atténuer les changements climatiques par la
réfraction de plus de chaleur dans l’espace. Nous devons en plus gober les
propos de ceux qui détiennent la notoriété, sans recevoir une réponse à cette
question: la science sert-elle Hermès? Lorsque nous l’observons, nous
découvrons que la technique propage des croyances dans les nouvelles sphères
d’activité qu’elle envahit. Avec la génétique, nous risquons, en tant que
civilisation, de participer à la naissance d’une religion de chair qui
s’appuierait sur une forme d’eugénisme déjà cité par Jean-Jacques
Salomon, par la découverte d’un ADN provenant d’une lignée exotique. La
miniaturisation des transistors! Des ovnis invisibles à l’œil nu apparaissent
maintenant sur des photos numériques. Le 12 septembre 2003, la même technologie
appliquée à des satellites de la NASA, pour l’étude du climat nous fait voir un
pentacle de 70 KM dans l’œil de l’ouragan Isabel. Une occasion en or pour
que des fondamentalistes associent les changements climatiques à Satan!
Devant ces contrecoups du progrès, nous devons nous
demander si l’époque des scientifiques du Thulé qui participaient à des séances
de spiritismes est terminée. La concurrence de Maha propose de plus en plus
l’embauche d’ingénieurs intuitifs qui, dans certains cas, sont invités à
pratiquer des exercices psychiques, dont la médiumnité, afin de développer des
technologies inédites, s’ils ne sont pas déjà préparés à ces taches par des
coteries qu’ils joignent dans le milieu universitaire. Pendant ce temps, des
tendances se dessinent dans les industries du savoir. Elles respectent le
scientifique et l’économiste chevronné. Elles les aiment lorsqu’ils acceptent
le parasitisme de réseaux d’influences désirant un rendement optimal des
valeurs boursières. Elles les cajoleraient certainement s’ils pouvaient se
faire parasiter par une puissance surnaturelle au savoir illimité.
Soyons positifs à la condition d’admettre que le
Savoir perde chaque jour de son intégrité pour cette raison: l’équilibre entre
la raison et l’irrationnel se fragilise dans un contexte de matérialisme
extrême et de quêtes de gains, lorsque les conditions économiques et politiques
idéales ne sont pas au rendez-vous. Dans cette condition, ce qui se traduit par
une recherche de la perfection nous pousse vers des excès qui nous soumettent à
des concessions qui, contrairement au progrès, se veulent limitées. Pour la vie de tous les jours, elles se
résument par des suppressions des avantages sociaux, des baisses de salaires,
des déplacements sur de plus grandes distances pour se rendre à son boulot;
payer plus cher le prix de l’essence, accepter des horaires de travail
irréguliers, diminuer le nombre de jours de vacances et se doter d’un
avertisseur électronique ou d’un collier électronique pour ceux qui croient
mener une vie de chien. Cela pour découvrir que nous ressemblons de plus en plus
à des «esclaves» ou à des «ressources humaines flexibles et dociles» si nous
préférons le novlangue.
Pour
camoufler l’odeur de la pourriture qui gangrène le tissu communautaire et nos
droits, nous nous parfumons au Miracle de
la transcendance. Devant la glace qui reflète l’usure du temps, lorsque fond
notre maquillage sous la chaleur du soleil, nous épandons un peu de poudre sur
notre visage. La réalité nous échappe. La beauté réfléchit. Par la même
mascarade, le fard des oligarques recouvre des alliances qui se fabriquent sur le refus de la critique, un refus du
verbe et de la connaissance servant à propager de fausses informations pour
nous vendre l’illusion d’un monde unitaire. En 2009, nous ne sommes pas unis
dans la volupté et l’allégresse, mais dans la peur: peur de la faillite, peur
d’un congédiement, peur des augmentations du coût de notre loyer, de
l’électricité, du transport, de l’essence et du taux d’intérêt, peur des
séparatistes, peur des fédéralistes, peur des intellectuels, peur de découvrir
que nous avons perdu notre vie en tentant de la gagner, peur de mourir, peur de
vivre et peur de s’exprimer librement. Toujours la peur… Pendant que nos droits
et libertés se restreignent et les capitaux fuient, des épidémiologistes
anticipent des pandémies; SRAS, virus du Nil et grippes aviaires. Ils
s’accompagnent des effets dévastateurs des changements climatiques prononcés
par Maurice Strong et du spectre d’explosions atomiques chaque fois que s’élit
un dirigeant réactionnaire et barbu. Peur! Elle s’étend sur l’Amérique le 19
mai 2002, lorsque Dick Cheney informe la population que les chances qu’elle
soit victime de nouveaux actes de terrorisme sont très élevées. Cette peur
revient hanter les Étasuniens en août 2004, trois mois avant la réélection de Bush.
Au Canada cette fois, le 2 juin 2006, pendant que Stephen Harper espère
prolonger l’intervention militaire en Afghanistan, 17 prétendus terroristes
sont arrêtés à Toronto. Le premier ministre profite de l’événement pour nous
dire que le Canada est une cible des extrémistes. La peur! Le 28 mars 2007, le
représentant de l’Environnement, John Baird, associe le respect du protocole de
Kyoto à 250 000 emplois en moins, une augmentation du 40 % du prix de
l’électricité et 60 % de celui de l’essence en plus d’énoncer une perte de
revenu de 4000 $ par année pour chaque Canadien. Peur! Alors que
l’élection à la présidence de Barack Obama remet en question la légitimité de
l’État néolibéral, en novembre 2008, Jean Charest profite de chaque occasion
pour se présenter comme l’unique solution à la crise économique.
Restons positifs et oublions que les métamorphoses et concessions
s’opèrent plus facilement devant la peur. Restons positifs et oublions l’ambiguïté en calquant
notre monde sur la cité des dieux d’Apollonius rencontré précédemment autour du
Livre de Dzyan d’Helena Petrovna
Blavatsky; un univers de lumières et de sons remplit de machines obéissant aux
gestes de nos doigts sur des télécommandes, pendant que le chaos s’installe en
silence, en sacrifiant l’humain coûteux, l’humain à la faible performance,
l’humain qui ne voyage pas sur la Toile mondiale, l’humain qui ne porte pas un
collier électronique, l’humain qui résiste, l’humain qui refuse la langue de
l’Empire et l’humain qui se reproduit.
Soyons positifs
à la condition d’être réalistes. Le marasme actuel appelle à un nouvel ordre
économique mondial qui pourrait travailler à une réorganisation sociale afin
que nous puissions éviter le pire, à la condition d’oublier définitivement la
démocratie. Les nations doivent ériger cet ordre avec uniquement la
participation de consortiums industriels et économiques pour cette raison: une
trop grande diversité de langues et de races rend impossible l’élection d’une
autorité mondiale. Et si nous en arrivions là, cela provoquerait assurément des
frictions entre des puissances, particulièrement si le poids démocratique de la
Chine et de l’Inde décidait des priorités. Peu importe où nous vivons,
acceptons l’idée que le vote national lègue des pouvoirs internationaux aux gouvernements,
le droit de participer à des rencontres entre nations sous le parapluie du G8,
du G20, de l’OTAN ou de l’ONU, le droit de discuter de notre avenir dans des
huis clos, d’agir en notre nom selon un échéancier et de choisir le conseil
d’administration. Soyons réalistes. Le mondialisme, comme nous le concevons,
doit aboutir à une sorte de géniocratie de la Fondation Raëlienne, un droit de
vote qui serait attribué exclusivement aux êtres exceptionnels campés par les
porte-parole de multinationales et les dirigeants de pays, préférablement ceux
qui s’expriment en anglais. Non seulement nous n’avons pas à nous mêler des
décisions internationales, mais nous approuvons cette démarche depuis la
création de l’ONU.