Avant-propos
En mars 2008, l’auteur et
éditeur Victor-Levy Beaulieu (VLB) s’offrait quelques missives sur la
politique, la souveraineté et la langue française. Sans le vouloir, il
provoquait des réactions virulentes qui levaient le voile d’un Québec divisé.
D’un côté, ceux qui rêvent d’un pays qui honorerait le dépassement de soi. De
l’autre, des gens qui excellent dans l’art d’utiliser des mots pour purifier la
Belle province de ses éléments divergents et se transformer en porte-parole
d’un universalisme post-moderne. La division s’est même transformée en
attaques. De leurs plumes, VLB est devenu un vieux mammouth. Drôle de comparaison!
Le mastodonte refusait de se livrer à mon imagination en lisant ses lettres.
Dans les photos qui les accompagnent, je voyais même les yeux d’un humain qui
reflétaient une tristesse gravée par le ciseau de la mort de la nation
québécoise. C’était sérieux au point qu’il menaçât de brûler son œuvre
littéraire.
C’est du passé. VLB s’est
plutôt présenté comme candidat indépendant aux élections québécoises du 8
décembre 2008. Bravo! Malheureusement, cette décision ne soigne pas mon propre
mal. J’ai tendance à m’imaginer un dauphin sautant dans la tête de certains,
lorsque je contemple leurs idées et analyse leurs discours. Je ne tente pas de
mépriser ce mammifère aquatique, ni même son intelligence. Il ne fait que
personnifier ces personnes qui partent en mission pour élever leur esprit
au-dessus des débats, par l’usage d’une pensée magique et de mots ayant l’effet
d’analgésiques conçu pour atténuer la douleur d‘une apathie généralisée. Je dois aussi vous confesser que cette image
récurrente s’explique par mon amour de l’eau. Je m’y mouille. J’y
nage. Trempé jusqu’aux os, mon jugement se noie sous mes frissons au point que
ce livre que vous entamez représente ma bouteille à la mer. Les
mots qui se retrouvent à l’intérieur s’écrivent avec la sépia.
L’espoir devient le courant marin qui la transporte vers son destin.
J’aime
écrire. Je crains par contre l’esprit qui transmet les mots, à savoir s’il est
le mien, celui d’un autre ou les deux. Je sais aussi que le travail finit
toujours par porter des fruits. J’aurais voulu les servir sucrés, mais la
situation économique et politique mondiale m’oblige à vous les proposer encore
amers. J’espérais pondre une œuvre accomplie, je me suis résous à faire ce que
je peux, avec la sincère volonté de vous divertir et informer de mon mieux. Je
dois aussi préciser que Le Livre amer ne me transforme pas en un exégète
des nombreux sujets abordés. J’écris pour soigner mon ignorance. Et ne croyez
surtout pas qu’en alignant des consonnes et des voyelles je célèbre le don de
soi. Je commets ce geste en découvrant mon égoïsme. Je ne regarde plus l’autre.
À la place, je me corrige, je me relie, je reformule ma pensée en
métamorphosant mon vocable, comme un trafiquant d’idées répondant à des
critères qui me glacent. Je ne suis plus un citoyen de ce monde. Pendant que la
société juge généralement d’une première impression, qui dans certains cas peut
demander une vie à réparer, je me donne le droit à la reprise jusqu’à
l’épuisement. Si écrire devant un clavier représente pour vous un art de livrer
son âme aux lecteurs, détrompez-vous! Il s’agit d’un exutoire à l’incapacité de
se tenir debout pour prononcer un discours improvisé en fonction du moment
présent. J’offre mes plus vives félicitations aux bons orateurs, seulement un
petit bravo aux excellents écrivains.
Soyons
francs. S’il vous arrivait, lors de votre lecture, de croire que je dirige très
bien la situation par l’utilisation de syllabes engendrant un certain plaisir
ou par des interactions neurologiques ou hormonales que vous n’anticipiez pas,
dites-vous que vous me trouveriez sans doute insupportable si je parlais près
de vous. Vous m’entendriez jurer, vociférer des bêtises, m’exprimer
maladroitement et réagir spontanément sans mesurer mes mots. Si vous cherchez
un auteur pouvant vous transporter dans un autre univers, quelqu’un
accompagnant votre respiration et le battement de vos paupières, oubliez-moi.
Je donne des migraines. Je critique constamment. Je manque de diplomatie et
j’ose même vous imposer mes idées en utilisant, trop souvent, la première
personne du pluriel, comme si je devais vous forcer à me suivre dans mes
réflexions. Pourtant, NOUS ne pouvons partager les mêmes opinions. J’ai aussi
horreur de la conjugaison au passé au point de préférer le temps présent, comme
si nous pouvions réécrire l’Histoire plutôt que l’oublier. Il y a pire. Je suis
violent. Ma plume représente plus souvent une arme qu’un outil. Je suis en plus
sadique. Je ne tue pas mes victimes en laissant derrière moi des flaques
d’encre rouge. Je les blesse en espérant qu’elles remueront à la fin de votre
lecture pour que je puisse encore écrire.
Bien que je ne m’attende à rien de vous, si ce livre vous incitait
à exprimer quelques opinions, je vous recommande la rigueur. Ne demandez pas au
gouvernement canadien de retirer ses soldats de l’Afghanistan en 2011. Exigez
le Moyen et le Proche-Orient pour ne pas vous retrouver avec des déplacements
de troupes en Iran, au Pakistan ou ailleurs. Si vous fondez un groupe de
pression pour défendre une cause, évitez les gestes suspects. L’exemple qui me
vient à l’esprit est la loge Q-37. Au début de 1993, la Sûreté du Québec
enquête. Il s’agit de 37 membres de l’Ordre du Temple Solaire (OTS),
une société secrète qu’ils associent à la destruction de tours de transmissions
électriques d’Hydro-Québec, à un trafic d’armes et à un complot d’assassinat
sur le premier ministre du Québec Robert Bourassa et le ministre de la Sécurité
publique Claude Ryan. La peine: trois
adhérents du Q-37 doivent payer la très lourde amende… de 1000 $.
Évitez aussi de loger à la même adresse que vos fréquentations, de
voyager en vélo et d’attendre à l’urgence d’un hôpital. En tant que
correspondant de la division québécoise de la Commission d’Études Ouranos
(CEO), un groupe européen fondé en 1951, je dois suivre le dossier de près.
J’ignore par contre ce qu’est l’OTS et je connais peu de choses des Templiers,
chevaliers du Christ dont ils se déclarent les héritiers. René de Vailly,
membre de la CEO, arrive à la
rescousse. Il pond La Vérité sur l’Ordre
du Temple solaire, un bouquin à grand tirage qui traite de sectes et de
sociétés secrètes que nous retrouvons dans le paysage de l’OTS. L’adresse de la CEO Québec est aussi
inscrite. Je l’utilise, à l’époque, pour les activités de PH7, dont un livre
(1993) mettant en doute, sur quelques paragraphes, les décisions du gouvernement
du Québec et les nouvelles de l’état de santé du premier ministre Robert
Bourassa qui sont transmises exclusivement par Washington.
Cette adresse bipartite impose-t-elle des contraintes? Durant
l’été de 1995, je me présente à l’hôpital Sacré-Cœur, à la suite d’un accident
mineur survenu en vélo, devant le 771 boulevard Labelle, à Laval. Je me
souviens. L’endroit est en rénovation. Je suis seul, dans une pièce isolée, à
attendre le retour de la garde-malade. À côté, des gens discutent.
Soudainement, le ton monte. J’entends clairement ces mots: «c’est quoi ça la
Commission d’Études Ouranos?» Le temps passe. À peine une minute. La porte
s’ouvre. Je vois un type devant un écran cathodique. L’infirmière se présente.
Elle m’informe que je n’aurais pas de radiographies.
Si ce genre de situation vous arrivait, je vous suggère d’éviter
d’écrire, de fréquenter des personnes qui voyagent, de regarder Télé-Québec, de
feuilleter des magazines et de posséder un appareil vidéo. À la fin de
septembre 1994, un membre de ma famille quitte Montréal pour la Suisse. Le 5
octobre, il réside à quelques kilomètres des incidents de Cheiry et Salvan-sur-Grange marquant l’OTS. A-t-il
pris le vol du 30 septembre utilisé par les assassins du couple Dutoit et leur
bébé? Cette personne porte aussi le même patronyme qu’une des victimes. Est-ce
une raison pour entendre des propos sur la CEO, semblant se retrouver sur
l’écran cathodique d’un ordinateur branché sur le réseau d’un hôpital? Suis-je
simplement atteint d’une maladie mentale? Si c’est le cas, les symptômes de ce
mal se manifestent à nouveau le 7 août 1995.
Lors de la présentation d’une publicité sur les ondes de Télé-Québec,
j’observe trois longs doigts verts qui me rappellent ceux se trouvant sur la
page couverture du magazine UFO, en
kiosque à la même époque. Le lendemain, je communique avec la station de
télévision pour obtenir les heures de diffusions de ladite annonce. Je
l’enregistre et la vérifie image par image. Les trois doigts olive sont réels,
sans par contre ressembler à ceux d’UFO. Je conclus que la réclame a
fait surgir de ma mémoire le frontispice du périodique contemplé quelques
secondes en librairie. Je souligne ensuite la présence de cette annonce aux
médias, dans une lettre publiée dans le Journal
de Montréal, le 25 août. Bonheur ou malheur? Ladite publicité est payée par
Hydro-Québec, l’entreprise éclaboussée par l’OTS. Pour ce qui est du magazine UFO,
un correspondant de la CEO lie un de ses anciens éditeurs à la CIA.
Éviter aussi de
répondre au téléphone. En octobre 1995, je consacre mon temps libre à écrire et
à effectuer des recherches. En février 1999, je signe 30 dossiers. Je suis par
contre toujours ignorant de l’histoire des Templiers, dont les membres de l’OTS
se disent les héritiers. Malgré cela, j’annonce un arrêt des
activités de PH7 à mes lecteurs. Des réactions suivent. En mars, Chris Nix, le
producteur de L’église de Valis, une émission radiophonique diffusée sur
les ondes de CIBL FM (retiré au printemps 2007), me téléphone. Lors de la
conversation, il me parle du Saint Graal. Je suis surpris d’apprendre que le
triangle pointé vers le bas le symbolise. Depuis 1984, ce tympan forme le signe
de PH7 et accompagne mes textes. N’en déduisez pas que je cherche le Saint
Graal ou que je suis intéressé par ce mythe au point d’en faire ma signature.
Il s’inspire simplement du «V» stylisé utilisé par les Van Der Graaf Generator, un groupe de
musiciens britanniques. Pour ce qui est de PH7, c’est le titre du
septième disque solo de Peter Hammill (1979), le meneur de la formation qui
occupe la scène du Gesu de Montréal le 16 octobre 2008. Mais encore, vous
devriez vous abstenir de puiser dans mes inspirations, sinon vous pourriez
découvrir que les Van Der Graaf Generator se sont reformés en 2005 autour des
productions Illuminati, un nom
qui occupe beaucoup d’espace chez les partisans du complot, que Trisector
(2008) n’affiche plus le V stylisé.
M. Nix me parle
aussi de Pierre Plantard. Ce «Pierre…» m’est présenté par René de Vailly à la
page 105 de son livre. En 1995, je le questionne sur son identité. Il ne comble
pas ma demande, sans doute pour s’amuser de mon ignorance. Bref, le nom Plantard vient d’être prononcé.
Il me reste qu’à me dépêcher. L’essentiel se retrouve chez moi, dont un cahier
de la CEO publié en 1994. Quelques semaines après, Jean-Pierre
Galipeau écrit à l’adresse de la CEO Québec (PH7).
Il se croit menacé de mort. Je le rencontre à trois reprises, toujours bousculé
par le temps. Il me remet 86 feuilles rédigées à la main, que je tente de lire
avec difficulté. C’est seulement en décembre 2000 que je trouve un moment pour
plonger dans ses textes. Par la suite, j’essaye de communiquer avec son
ancienne femme, pour lui poser des questions. Je laisse un message sur le
répondeur. Je réitère quelques jours après. Il n’y a plus de service au numéro
composé.
Évitez aussi de
parler et de rêver. Karlheinz Stockhausen, musicien allemand d’avant-garde
décédé le 7 décembre 2007, se fait quelques ennemis en qualifiant le 11
septembre 2001 de la plus grande œuvre d’art qu’il n’y ait jamais eue dans
le cosmos. Bien que je n’ose corroborer ses propos pour une question de
goût, il y a quelques années j’ai rêvé d’une musique symphonique jouée dans une
petite ville. Pour finale, le bruit de l’explosion de gratte-ciel remplaçait le
son des percussions. Lors du visionnement du film V pour Vendeta, cette symphonie revient hanter mon esprit. Un homme
sorti des flammes du passé fait exploser des édifices pour accompagner l’Opus
49 (Ouverture 1812) de Tchaïkovski, en l’honneur de sa lutte contre une
dictature théocratique.
Un autre V se
glisse dans mon long travail d’écriture, en me rappelant aussi qu’il est
préférable de ne pas voyager en transport en commun. En mars 2001, un individu
prononce le nom Ben Laden dans un autobus qui roule sur la rue Jarry, en
direction du boulevard St-Michel, à Montréal, en s’adressant à un passager à
environ trois mètres de moi. Vient-il de lui demander s’il est Ben Laden? Je ne
peux le confirmer. Peu importe, l’étranger se tourne la tête et lui répond
calmement en arabe. C’est seulement au début de 2002, que je constate, en
regardant une photo du terroriste, période Los Angeles, que ce type, sans barbe
et portant des cheveux qui touchent ses oreilles, lui ressemble beaucoup.
En mars 2007, cette rencontre revient me
hanter. Je ne voulais pas la mentionner et encore moins vous laisser croire que
Ben Laden aurait visité Montréal en mars 2001. La confusion reste toujours
possible en considérant que chaque individu a au moins un sosie. En même temps,
je pense que ce livre doit vous informer, même s’il atteint ma crédibilité,
afin de combattre le pire fléau de notre société: l’ignorance. J’ai été comblé.
Merci à Mathieu Paquette pour les informations et les DVD, Gérard Bédard pour
ses bouquins, Benoît Perron pour ses conférences et à tous ceux avec qui j’ai
échangé quelques mots en canard. Je remercie aussi feu Pierre Plantard. Qu’il fût ou non le Grand Maître du
Prieuré de Sion, sans lui, ce livre ne serait pas écrit. Enfin, je remercie aussi les gens qui se prennent pour des serviteurs
de Dieu et qui se croient obligés de jouer au scénario de la fin du monde dans
l'intention de récolter le trophée du meilleur premier rôle. Depuis le 11
septembre 2001, nous devons mettre notre pied sur la scène, qui que nous
soyons, sans demander la permission à personne. L’important consiste à suivre
convenablement les prophéties, avec un peu de foi et de courage. À cette fin,
je me permets de reproduire, par mon œuvre, ce passage de l’Apocalypse 10,9:
·
Je m’en fus alors prier l’Ange de me donner le petit livre; et lui
me dit: «Tiens, mange-le; il te remplira les entrailles, mais en ta bouche il
aura la douceur du miel.» Je pris le petit livre de la main de l’Ange et
l’avalai; dans ma bouche il avait la douceur du miel, mais quand je l’eus
mangé, il remplit mes entrailles d’amertume. Alors on me dit: il te faut de
nouveau prophétiser contre une foule de peuples, de nations, de langues et de
rois.»
Je m’attaque à des nations, à des langues et à des rois, au point
que certains pourraient se sentir importunés par mes mots. Mais n’ayez crainte.
Le Livre amer ne représente qu’une missive pamphlétaire contre ceux qui
décident de notre avenir. Rien de très amusant, au point d’utiliser un mouton
et un canard pour marquer quatre pauses.
Et s’il vous donne le goût de bouger, je vous suggère de ne pas vous
déplacer en autobus ou en vélo, de ne pas connaître des gens qui voyagent dans
des pays étrangers, de ne pas participer à des émissions de radio, de ne pas
fréquenter l’urgence d’un hôpital, de ne pas regarder Télé-Québec, de ne pas
découvrir votre ignorance, de ne pas feuilleter des magazines, de ne pas
écrire, de ne pas rêver, de ne pas suspecter les politiciens et de ne pas vous
intéresser à la politique, à la religion et à l’ésotérisme. Devenez un parfait
citoyen! Sinon, vous risquez de vous exprimer sur papier, ou pire, par des
discours. Et faites attention. Je soupçonne Josée Verner, Maxime Bernier,
Micheal Fortier Stephen Harper et Harry Potter d’infiltrer Er Monde, un tentacule
d’Interzone Inc.